‹ Fables de Florian (volume 2)Chapitre 191 sur 271 · L'HOMME INSTRUIT DE SON DESTIN 2S · texte numérisé non relu

L'HOMME INSTRUIT DE SON DESTIN 2S

Il devait être roi, puissant et glorieux, Et puis captif, et puis mourir dans les tortures. Ces révolutions sont le plaisir des dieux.

De tous ces objets quelle idée Occupe désormais mon pauvre curieux !

Sa mort le suit partout ; son âme intimidée La souffre à toute heure, en tous lieux.

Ce roi futur, que la frayeur consume, Se voit dans son affreux chagrin, Esclave comme Montezume ', Grillé comme Guatimosin*.

Ah ! par pitié, grands dieux, ôtez-moi cette image, S'écria-t-il. Ses vœux sont exaucés.

Il ne voit plus la mort ni l'esclavage; Dans son esprit ce sont traits effacés.

Le voilà donc qui voit en perspective Ce sceptre absolu qui l'attend :

En est-il mieux ? le croyez-vous content ?

L'impatience la plus vive Lui fait un siècle d'un instant.

Quelque faveur que le ciel lui déploie, Tout est insipide pour lui :

Où les autres mouraient de joie, Ce roi futur sèche d'ennui.

Ciel, cria-t-il encor, retranchez les années Qui me séparent de mon bien.

Hâtez mes grandes destinées :

Hors de là je ne goûte rien.

1 Empereur du Mexique fait prisonnier par Fernnnd Cortcz, Espagnol qui conquit son royaume. ,

* Successeur de Montezume qu'on mit sur un brasier pour lui faire avouer où était son or,

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