‹ Fables de Florian (volume 2)Chapitre 21 sur 271 · LIVRE I. FABLE XVI · texte numérisé non relu

LIVRE I. FABLE XVI

Lui rendît l'œil moins sûr, moins fin.

Ce penser lui causait souvent de la tristesse, Lorsqu'un jour il rencontre un petit tuyau noir Garni par ses deux bouts de deux glaces bien nettes :

C'était une de ces lunettes Faites pour l'Opéra, que, par hasard, un soir, Le maître avait perdue en ce lieu solitaire.

Le chat d'abord la considère, La touche de sa griffe, et de l'extrémité La fait à petits coups rouler sur le côté, Court après, s'en saisit, l'agite, la remue,

Étonné que rien n'en sortît.

D s'avise à la fin d'appliquer à sa vue 55 Le verre d'un des bouts; c'était le plus petit. Alors il aperçoit sous la verte coudrette Dn lapin que ses yeux tout seuls ne voyaient pas. Ah! quel trésor! dit-il en serrant sa lunette, Et courant au lapin qu'il croit à quatre pas. Hais il entend du bruit ; il reprend sa machine, S'en sert par l'autre bout, et voit dans le lointain

Le garde qui vers lui chemine.

Pressé par la peur, par la faim.

Il reste un moment incertain, Hésite, réfléchit, puis de nouveau regarde ; Mais toujours le gros bout lui montre loin le garde, Et le petit tout près lui fait voir le lapin. Croyant avoir le temps, il va manger la bête; Le garde est à vingt pas qui vous l'ajuste au front,

Lui met deux balles dans la tête,

Et de sa peau fait un manchon.

Chacun de nous a sa lunette.

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