LE PATRIARCHE
LE PATRIA RCHE
Un vieillard au trépas s'avançait sansefforts; Et l'âge chaque jour lui rendait plus aisée La route qui conduit au royaume des morts:
Un de ses pieds touchait le seuil de l'Elysée. Ayant vécu sans crime, il mourait sans remords.
Ce sage comptait ses années Par d'utiles vertus l'une à l'autre enchaînées. L'univers avait profité De son long séjour sur la terre.
Généreux citoyen, sensible époux, bon père, Ses moments furent tous à la société.
Pour elle il encensa le dieu de la richesse, Heureux d'avoir acquis, parce qu'il put donner. De nœuds sacrés pour elle il voulut s'enchaîner, Heureux de l'augmenter des fruits de sa tendresse. Toujours utile au monde, il n'eut point la faiblesse
De le quitter par dégoût, par ennui.
Il ne crut point devoir ravir à sa patrie L'exemple des vertus, ses soins, son industrie, Ni chercher le repos dans la haine d'autrui.
Des ans de ce vieillard la mesure est complète, Et le Ciel va bientôt le rappeler à lu!.
La Mort 1 aux environs promenant son squelette,
Sur son chemin, prend en attendant mieux,
Un philosophe ingrat envers les dieux, Misanthrope 1 chagrin, dont la langue indiscrète
1 La Mort, fille du Sommeil et de la Nuit, et la plus implacable de toutes les déesses. Les poêles la représentent n'ayant que les os, avec une robe nôirë parsemée d'étoiles.
s Misanthrope* mot grec composé qui signifie celui qui hait les