‹ Fables de Florian (volume 2)Chapitre 219 sur 271 · I/ANE ET SON MAITRE · texte numérisé non relu

I/ANE ET SON MAITRE

Résistant un jour à son maître, Refusa d'aller au moulin.

Cet emploi dégradait son être :

Le beau métier pour un Caton ! !

Ha ! je trouve celui-là bon, Dit Gros-Jean le meunier. Et que prétends-tu faire? Penser, reprit TAliboron :

Je ne veux plus désormais d'autre affaire. Faites porter vos sacs à quelque âne vulgaire ;

Et respectez un sage comme moi.

Le bonhomme se tut. Quelle mouche le pique, Disait-il en lui-même ? il est fou sur ma foi : Gros-Jean, la tête tourne à ta pauvre bourrique, Ce mal lui vient je ne sais d'où.

Laissons-la penser tout son soûl ; >

Et cependant retranchons sa pitance.

Ce parti n'était pas trop sot pour un meunier, L'âne bientôt se lassa d'un métier

Qui ne remplissait point sa panse. •

Il se plaignit, Gros-Jean tout aussitôt Lui dit : Impertinente bête, Me prends-tu pour un idiot?

Quel fruit me revient-il des rêves de ta tête ? Porte ton bât, travaille, et l'on te nourrira.

1 Caton. Il y a ai deux célèbres Romains de ee nom ; Ctton k censeur, qui était, selon Cicéron, excellent orateur, sénateur accompli, et grand général ; et Caton d'Utique, arrière petit-fils du précédent, qui s'attacha à la secte des stoïciens où il puisa une grandeur d'âme admirable. Il suivit le parti de Pompée contre César, et après la bataille de Pharsale, pour se dérober au ressentiment du vainqueur, il se mit sur son lit, lut deux fois le Traité de l'immortalité de Pâme, de Platon, et se donna un coup de poignard dont il mourut à l'âge de 48 ans.

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