L'AMOUR MATERNEL
Réservez-vous, grands dieux, ce prix à ma tendresse !
En proie à toutes les erreurs Qu'embrasse imprudemment une aveugle jeunesse, Aux dangereux plaisirs s'abandonnant sans cesse, Hélas ! mon fils s'égare et perd le goût des mœurs ! Lui, dont avec plaisir j'ai cultivé l'enfance,
Cet arbre où brillaient tant de fleurs, Quand j'en attends des fruits, trahit mon espérance ! Ah! combien tes erreurs me coûtent de regrets!
Tu veux avancer ma carrière, mon fils ! la vertu pour toi n'a plus d'attraits;
Et j'ai cessé de t'être chère !
Ainsi dans sa douleur amèn, Sur les égarements de son malheureux fils
S'exprimait une tendre mère.
D'autres peines encor ses chagrins sont suivis. A ce jeune' emporté la volupté perfide Fit enfin payer cher ses funestes présents.
Un poison apprêté par sa main parricide, En un cercle de maux enchaîna tous ses sens.
La vieillesse barbare avec ses doigts pesants Dans un corps tout usé produit moins de ravage.
Pour toucher au sombre rivage,
Il ne lui fallait plus qu'un pas.
A mon amour trahi qu'importe son trépas, Disait la mère alors, sans paraître attendrie?
Lui-même de ses mains a creusé son tombeau.
Mort ! délivre-moi d'un éternel fléau ; Fais qu'H ne trouble plus le bonheur de ma vie ! Comme elle dit ces mots, la mort vient à grand pas. Par son cœur aussitôt sa bouche est démentie : Mort! corrige-le, mais ne l'emporte pas !
Dans un parterre orné des trésors du printemps,
Un œillet l blanc frappait surtout la vue.
Son espèce en ces lieux étant seule connue, Il épuisait les éloges des gens.
D'imaginer que la nature Pût produire un œillet plus beau que celui-ci, Chimère que cela, sottise toute pure !
La nature pourtant accepta le défi.
A loisir elle fit éclore Un œillet nuancé des diverses couleurs
Dont sont peints les habits de Flore.
Hais cet éclat nouveau trouva mille censeurs.
Vit-on jamais œillet de cette espèce ?
L'essence de l'œillet, n'est-ce pas la blancheur ?
Ce faux éclat flatte moins qu'il ne blesse :
La nature n'a pu produire cette fleur.
A chaque trait brillant ce fut une satire ; Et quand sur les couleurs on n'eut plus rien à dire, On le chicana sur l'odeur.
4 Œillet. On prétend que les anciens n'ont pas eu connaissance de cette fleur. Il y en a de toutes sortes de couleurs. On les varie même par artifice, en semant à la fois des graines de toutes les espèces.
Mortels qui ne prenez que la haine pour guide, N'apprendrez-vous jamais, race ingrate et perfide, A quel dessein le ciel vous a doués d'un coeur?.
Il voulut vous faire un bonheur
De chérir, d'aider vos semblables.
Renoncer à cette douceur, Envers l'humanité c'est vous rendre coupables ; C'est profaner du ciel le don le plus flatteur. Veux-tu qu'à tes désirs les dieux soient favorables, Lecteur, imite-les, et sois compatissant.
Le plaisir d'être humain devrait il coûter tant!
Il nous offre de si doux charmes !
L'insensibilité n'offre que de l'ennui.
Malheureux celui qui d'autrui
M'a jamais partagé les larmes!
Deux chiens logeaient dans la même maison.
Comme voisins, ils avaient l'un pour l'autre
Une rare amitié, dit-on.
Le naturel du chien parfois vaut bien le nôtre. De la riche Aglaé l'un était le toutou ; Et l'autre le barbet de la pauvre Claudine.
Celui-ci logé dans un trou, Près du grenier, faisait maigre cuisine.
Celui-là commensal l d'un superbe logis,
Ne vivait que de mets exquis.
1 Commensal. Ce mot se dit proprement de ceux qui mtngent à même table, quoiqu'il n'ait guère été d'usage qu'en parlant des officiers de la maison du roi,
Mais, admirez d'un chien la pitié secourable t Toutou nourrissait son voisin; Toutou n'était d'aucun festin, Qu'il n'offrît à Barbet quelques plats de sa table. Sur un point seulement il avait du chagrin :
Àglaé qui craignait de lui gâter la taille, (Car elle était, dit-on, folle des animaux), Pour régaler Barbet comptait trop ses morceaux. Jl avait beau s'en plaindre Enfin, vaille que vaille, Barbet partageait son destin, Barbet ne mourait pas de faim.
Les soins du bon Toutou n'étaient vus de personne. Notre chien, disait-on, est devenu gourmand ; On ne sait ce qu'il dit de tout ce qu'on lui donne. Les gens le maltraitaient : le monde est si méchant!
Toutou pâtissait, mais n'importe :
Son frère était encor cent fois plus malheureux. Sur l'escalier, près de certaine porte, Était un coin bien connu de tous deux, Qui recelait les dons du toutou généreux.
Là chaque jour Barbet se réconforte.
Nos deux chiens vivant de la sorte, Un dévot chat, compagnon de Toutou, Le vit porter en ce lieu sa pitance.
Frère, dit-il, es-tu donc fou ?
Quelle loi pour un gueux t'oblige à l'abstinence ? Laisse le faire diète, et mange tout ton soûl. L'honnête homme de chien, sans se mettre en colère, Lui dit : Si vous saviez quelle félicité L'on goûte à soulager autrui danç sa misère, Vous auriez pour Barbet la même charité.
Du peu dont je me prive il fera grande chère,