LA TAUPE ET LES LAPINS
Chacun de nous souvent connaît bien ses défauts ;
En convenir, c'est autre chose.
On aime mieux souffrir de véritables maux,
Que d'avouer qu'ils en sont cause.
Je me souviens à ce sujet
D'avoir été témoin d'un fait Fort étonnant et difficile à croire ;
Mais je l'ai vu, voici l'histoire :
Près d'un bois, le soir, à l'écart,
Dans une superbe prairie, Des lapins s'amusaient, sur l'herbette fleurie,
A jouer au colin-maillard.
Des lapins ! direz-vous, la chose est impossible. Rien n'est plus vrai pourtant ; une feuille flexible Sur les yeux de l'un d'eux en bandeau s'appliquait,
Et puis sous le cou se nouait.
Un instant en faisait l'affaire.
Celui que ce ruban privait de la lumière Se plaçait au milieu ; les autres alentour
Sautaient, dansaient, faisaient merveilles 57 ,
S'éloignaient, venaient tour à tour
Tirer sa queue ou ses oreilles.
Le pauvre aveugle alors, se retournant soudain, Sans craindre pot au noir, jette au hasard la patte* 8
Mais la troupe échappe à la hâte;