LA LINOTTE
A certaine linotte * un jour on enleva Le précieux trésor qui tenait renfermée
Sa tendresse avec sa couvée :
Une perfide main avait fait ce coup-là. C'était le premier fruit d'un heureux byméuée ;
C'était sa richesse, son bien ; C'était tout : jugez donc combien fut affligée
Cette bonne mère à qui rien N'était au monde entier plus cher que sa nichée ; Son amour était grand, bien qu'en un petit cœur.
Elle va conter son malheur Dans tout le voisinage. On la plaint; mais qu'y faire? Il faut vous consoler, lui dit-on : vos petits Sont peut-être en bon lieu, bien choyés, bien nourris.... S'ils vivaient seulement, répond la tendre mère ! Ah ! croyez que les dieux en auront eu pitié ; Croyez que de leurs jours le fil si délié N'a point senti la main de la parque cruelle.
Eh! quand cela serait, dit-elle!
Quand la main du trépas les aurait respectés, Leur perte pour mon cœur en est-elle moins dure !
D'un autre ils prennent leur pâture ;
Par un autre ils sont caressés ;
1 Linotte, femelle du linot, petit oiseau dont le chant naturel est fort agréable, et à qui Ton apprend à siffler avec beaucoup de justesse et de douceur.