‹ Fables de Florian (volume 2)Chapitre 234 sur 271 · LA LINOTTE · texte numérisé non relu

LA LINOTTE

A certaine linotte * un jour on enleva Le précieux trésor qui tenait renfermée

Sa tendresse avec sa couvée :

Une perfide main avait fait ce coup-là. C'était le premier fruit d'un heureux byméuée ;

C'était sa richesse, son bien ; C'était tout : jugez donc combien fut affligée

Cette bonne mère à qui rien N'était au monde entier plus cher que sa nichée ; Son amour était grand, bien qu'en un petit cœur.

Elle va conter son malheur Dans tout le voisinage. On la plaint; mais qu'y faire? Il faut vous consoler, lui dit-on : vos petits Sont peut-être en bon lieu, bien choyés, bien nourris.... S'ils vivaient seulement, répond la tendre mère ! Ah ! croyez que les dieux en auront eu pitié ; Croyez que de leurs jours le fil si délié N'a point senti la main de la parque cruelle.

Eh! quand cela serait, dit-elle!

Quand la main du trépas les aurait respectés, Leur perte pour mon cœur en est-elle moins dure !

D'un autre ils prennent leur pâture ;

Par un autre ils sont caressés ;

1 Linotte, femelle du linot, petit oiseau dont le chant naturel est fort agréable, et à qui Ton apprend à siffler avec beaucoup de justesse et de douceur.

Page 1