LES DEUX PIGEONS
Allaient périr ou subir l'esclavage; On esclavage, hélas ! pire que le trépas !
Les gens qu'elle voyait là-bas Étaient assurément quelque peuple sauvage Qui ne les épargnerait pas.
Que faire en ce péril extrême!
Hais que ne fait-on pas pour sauver ce qu'on aime ! Elle vole au-devant des coups ; Pour sa famille elle se sacrifie ; Espérant que ces gens, dans leur affreux courroux, Se contenteront de sa vie.
Aux yeux du peuple scélérat Elle va, vient, vole et revole, S'élève tout à coup, et tout à coup s'abat, Fait tant qu'enfin cette race frivole Court après elle et laisse là le nid.
Elle amusa longtemps cette maudite engeance, Les mena loin, fatigua leur constance ; Et pas un d'eux ne l'atteignit.
L'amour sauva le nid, le ciel sauva la mère.
A ses petits elle en devint plus chère.
Dieu sait la joie et tout ce qu'on lui dît A son retour de touchant et de tendre !
Gomme ils avaient passé tout ce temps sans rien prendre, Elle apaisa leur faim; puis chacun s'endormit*
LES Deux PIGEONS
t)eùx pigeons s'aimaient tant, qu'ils ne se quittaient point. L'amitié n'est chez nous qu'un goût dont ou se lasse, Un nœud qu'use le temps, un caprice qui passe. Chez le peuple pigeon, c'est au contraire un point