LES DEUX PIGEONS. S
Que le temps rarement efface.
Cependant les deux que voici Ne furent pas toujours l'un à l'autre fidèles, L'amitié quelquefois est difficile aussi !
Leurs premières ardeurs furent, dit-on, si belles,
Qu'aux ménages les mieux unis
Ces oiseaux servaient de modèles.
Ensemble le matin ils quittaient le logis ;
Plus gais au soir ils y rentraient ensemble.
La nuit ils partageaient les douceurs du foyer.
Plus ils s'aiment, plus il leur semble Qu'ils naquirent pour vivre en même colombier. Chacun d'eux ne connaît dans l'univers entier
Que son ami qui lui ressemble.
De soins, d'attentions ils nourrissaient leurs feux.
Us auraient été trop heureux Si rien n'eût altéré cette amitié si tendre.
Hélas ! aurait-on pu comprendre
Que du sein même de leurs jeux
La discorde naîtrait chez eux !
L'amitié veut certaines déférences Dont se lassa leur zèle familier.
Des riens servent à nous lier :
Et ces riens négligés deviennent des offenses. A la dînée un jour l'un vola le premier :
L'autre eut beau le prier d'attendre ; Le méchant fit semblant de ne le point entendre, Moitié jouant, moitié pressé par l'appétit.
Certain mouvement de dépit S* emparant aussitôt de son ami sensible, Au logis sans rien prendre il passa tout le jour,
Bien résolu d'être inflexible :