‹ Fables de Florian (volume 2)Chapitre 239 sur 271 · L'HOMME INFIRME · texte numérisé non relu

L'HOMME INFIRME

Mon Dieu! disait un homme âgé, Chez qui logeaient la goutte et la paralysie, Mon Dieu, depuis trente ans, combien tout est changé ! J'ai vu qu'on jouissait des douceurs de la vie :

Tout le monde se portait bien ; On marchait, on dansait ; chacun aimait à rire.

Présentement on n'aime rien :

Partout l'ennui triomphe, et le plaisir expire.

Le moyen qu'on soit enjoué !

Sur un triste fauteuil on est toujours cloué,

Et l'on y souffre le martyre.

Le logis où Ton vit c'est l'arche de Noé 1 ;

L'on n'en sort qu'au bout d'une année.

Il n'est plus de printemps, les jours ne sont plus beaux. Je prévois qu'à sa fin la nature entraînée, Dans peu sera réduite à la nuit du chaos *.

A peine il achevait ces mots, Sa nièce entre en sautant, en déployant sa joie :

Adieu, mon oncle ; on nous envoie, Mon frère et moi, promener dans les champs :

1 Noé, fameux patriarche, qui fut préservé du déluge universel, en se renfermant avec sa famille dans une arche où il resta un an.

* Chaos, mot qui signifie la confusion où étaient toutes choses avant la création du monde.

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