LE LION DE LA FOIRE
Le roi des animaux, déchu de sa noblesse,
Servait, en déplorant son sort,
Un animal d'une autre espèce,
Non moins cruel, pas aussi fort, Mais qui sait par son art réparer sa faiblesse. Un homme l'avait pris : il n'est pas question
D'expliquer de quelle manière. Il l'avait pris comme on prend un lion,
Un ours, un tigre, une panthère.
Ainsi de Jupiter les décrets éternels Ont mis les animaux au pouvoir des mortels :
Leur rage sans cela dépeuplerait la terre.
Le lion en public étalant son malheur,
Chargé d'une chaîne pesante, Et de roi qu'il était, devenu bateleur, Repaissait les regards d'une foule insolente.