LA POULE ET LES POUSSINS OU L'ŒIL DE BIÈRE
Des faveurs de Thétis* encor tout glorieux, Phébus semblait répandre une clarté nouvelle; Et le gazon promettre à tout berger fidèle Que l'amour ce jour là couronnerait ses vœux : Tout respirait l'amour, les plaisirs et les jeux ; Et de l'éclat des cieux la terre était si belle, Que les poussins s'ennuyaient au logis.
La mère part, et voilà les petits Caquetant, becquetant, s'égayant autour d'elle.
Hais à peine ils sont dans les champs,
Que la poule élevant la vue, Se trouble* se désole, et par ses cris perçants * Avertit du danger sa famille éperdue.
Les poussins dispersés regrettent la maison, Se blottissent, moitié parmi l'herbe menue, Moitié dans les sillons creusés par la charrue, Près d'une taupinée, ou derrière un buisson.
Le passant rit, s'arrête, et condamne la mère. Je ne vois rien là-haut, dit l'un, de menaçant ; Ni moi, dit un second, et j'ai l'œil bon pourtant : Cette poule s'est mis en tête une chimère.
Mais un autre, à l'aide du verre,
Leur fait voir au sommet des cieux, D'abord comme un point noir qui par les airs chemine.
Ce point qu'ils considèrent mieux, Devient ensuite oiseau, puis vautour à leurs yeux. Mais il faut qu'à travers la brillante machine, Pour en être assuré chacun d'eux l'examine :
Et du premier coup d'œil la poule l'avait vu.
1 Thétis, déesse de la mer, chez qui Ton feint que le soleil se couche.