LA PLUIE ET LE BEAU TEMPS
Se brisant tout à coup, inondèrent les champs.
Jupiter ! arrête ! et suspens cette pluie !
Qui va faire couler nos vins !
Ne permets pas, grand Dieu ! que Pomone nous fuie, En voyant ses trésors s'écouler de nos mains ! Ces cris ont désarmé le maître des humains.
11 parle, l'air se calme, Atlas 1 mouillé s'essuie; Le zéphyre revient habiter les jardins, Et ramène Pomone encor toute éperdue ; De rayons entourés, et secouant leurs crins, Les coursiers du Soleil* ont pénétré la nue;
Les cieux sont devenus sereins.
Mais, ô de l'homme ingrat vœux indiscrets et vains! La paix sur l'horizon' â peine est descendue, A peine quatre fois aux célestes pourpris 4 , L'homme a-t-il vu briller les rayons salutaire*
De Tardent amant de Thétis, Que de ses cris encor les dieux sont étourdis* Tels étaient des mortels les discours téméraires i
Bientôt la triste aridité
Régnera seule sur nos plaines.
Le soleil va tarir les ruisseaux, les fontaines; Nous allons être en proie à la stérilité.
1 Atlas, géant fila de Jupiter et de Climêne. Jupiter lui donna M commission de soutenir le ciel sur ses épaules.
* Les coursiers du soleil. Ils étaient quatre, Éthon, l'iroïs, Eoûs et Phlégon.
* L'horizon. C'est la ligne qui borne la partie de la terre que nous voyons autour de nous, et qui la divise de celle que nous ne ▼oyons pas.
4 Célestes pourpris, c'est-à-dire le ciel. Pourpris est Un vieux mot qui signifie une enceinte, un enclos, ou plutôt ce qui le formé et qui sert i fermer un espace.