LE MOINEAU, LE CORBEAU ET LE PINSON
Faible, nu, tremblotant, un jeune passereau, De ses ailes encor ne pouvant faire usage, Attendait que le temps allongeant son plumage,
Un beau matin le chassât du berceau.
À demi dépouillé par les glaces de l'âge, Transi de froid, mal sain, son voisin le corbeau, Tout prêt, d'aller errer sur le sombre rivage, Attendait que le temps vînt ouvrir son tombeau. Un pinson déjà fort et volant bien et beau,
Autre habitant du voisinage, Vint un jour visiter et l'un et l'autre oiseau.
M fut frappé de ces tristes images.
Ce pinson n'était pas si jeune du cerveau, Qu'il ne fit quelquefois des réflexions sages,
Qu'il ne s'en piquât tout au moins.
Mais il fut dupe alors de sa philosophie.
Ces deux oiseaux, dit-il, ont les mêmes besoins. Chez l'un trop faible encor, chez l'autre anéantie, La nature à regret leur accorde ses soins.
L'aurore et le soir de la vie Des mêmes traits ici sont marqués par les dieux. Sur ces deux malheureux luit la faux meurtrière l ; Le passereau naissant redoute la lumière, Et du corbeau qui meurt elle offense les yeux. Vive un pinson à la fleur de son âge, Léger, brillant, goûtant tous les plaisirs )
Volant de bocage en bocage,
1 La faux meurtrière : on représente la Mort tenant une Taux.