LA FABLE ET LA VÉRITÉ
La vérité toute nue 1 Sortit un jour de son puits.
Ses attraits par le temps étaient un peu détruits *.
Jeunes et vieux fuyaient sa vue s .
La pauvre Vérité restait là morfondue, Sans trouver un asile où pouvoir habiter*.
À ses yeux vient se présenter
La Fable richement vêtue 5 ,
Portant plumes et diamants,
La plupart faux, mais très-brillants.
32 LIVRE ï. FABLE II.
— Eh! vous voilà, bonjour, dit-elle; Que faites-vous ici, seule sur un chemin?
La Vérité répond : — Vous le voyez, je gèle.
Aux nassants ie demande en vain
Élèvent au-dessus de nous?
Le bœuf, d'un ton modeste et doux,
Alléguait ses nombreux services,
Sa force, sa docilité ; Le coursier sa valeur, ses nobles exercices,
Et l'âne soir utilité.
— Prenons, dit le cheval, les hommes pour arbitres. En voici venir trois, exposons-leur nos titres. Si deux sont d'un avis, le procès est jugé.
Les trois hommes venus, notre bœuf est chargé D'être le rapporteur ; il explique l'affaire,
Et demande le jugement.
Un des juges choisis, maquignon bas-normand,
Crie aussitôt : — La chose est claire, Le cheval a gagné. — Non pas, mon cher confrère, Dit le second jugeur, c'était un gros meunier 7 ;
L'âne doit marcher le premier ;