LIVRE II. FABLE XV
L'ours fut de cet avis : il ajouta pourtant
Qu'il fallait un guerrier prudent, Un animal de poids, de qui l'expérience Du jeune lionceau sût régler la vaillance
Et mettre à profit ses exploits.
Après l'ours, le renard s'explique,
Et soutient que la politique
Est le premier talent des rois ; Qu'il faut donc un Mentor d'une finesse extrême* 8 Pour instruire le prince et pour le bien former.
Ainsi chacun, sans se nommer,
Clairement s'indiqua soi-même :
De semblables conseils sont communs à la cour.
Enfin le chien parle à son tour :
Sire, dit-il, je sais qu'il faut faire la guerre, Mais je crois qu'un bon roi ne la fait qu'à regret ;
L'art de tromper ne me plaît guère :
Je connais un plus beau secret Pour rendre heureux l'État, pour en être le père, Pour tenir ses sujets, sans trop les alarmer,
Dans une dépendance entière ;
Ce secret, c'est de les aimer.
Voilà pour bien régner la science suprême ; Et si vous désirez la voir dans votre fils,
Sire, montrez-la-lui vous-même.
Tout le conseil resta muet à cet avis.
Le lion court au chien : Ami, je te confie Le bonheur de l'État et celui de ma vie; Prends mon fils, sois son maître, et, loin de tout flatteur,
S'il se peut, va former son cœur.
Il dit, et le chien part avec le jeune prince. D'abord à son pupille il persuade bien