‹ Fables de Florian (volume 2)Chapitre 51 sur 271 · LIVRE II. FABLE XV · texte numérisé non relu

LIVRE II. FABLE XV

Qu'il n'est point lionceau, qu'il n'est qu'un pauvre chien,

Son parent éloigné. De province en province

D le fait voyager, montrant à ses regards

Les abus du pouvoir, des peuples la misère,

Les lièvres, les lapins mangés par les renards,

Les moutons par les loups, les cerfs par la panthère,

Partout le faible terrassé,

Le bœuf travaillant sans salaire,

Et le singe récompensé.

Le jeune lionceau frémissait de colère :

Mon père, disait-il, de pareils attentats Sont-ils connus du roi ? Comment pourraient-ils l'être? Disait le chien : les grands approchent seuls du maître,

Et les mangés ne parlent pas.

Ainsi, sans raisonner de vertu, de prudence, Notre jeune lion devenait tous les jours Vertueux et prudent ; car c'est l'expérience

Qui corrige, et non les discours.

A cette bonne école il acquit avec l'âge

Sagesse, esprit, force et raison.

Que lui fallait-il davantage?

Il ignorait pourtant encor qu'il fut lion ; Lorsqu'un jour qu'il parlait de sa reconnaissance

A son maître, à son bienfaiteur, Un tigre furieux, d'une énorme grandeur, Paraissant tout à coup, contre le chien s'avance.

Le* lionceau plus prompt s'élance, Il hérisse ses crins, il rugit de fureur, Bat ses flancs de sa queue, et ses griffes sanglantes Ont bientôt dispersé les entrailles fumantes

De son redoutable ennemi.

A peine il est vainqueur qu'il court à son ami :

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