LIVRE III. FABLE VII
Un seul est rare en ce pays.
J'en conviens; mais mon lièvre avait cette marotte,
Et ne savait pas qu'Aristote 19 Disait aux jeunes Grecs à son école admis :
Mes amis, il n'est point d'amis.
Sans cesse il s'occupait d'obliger et de plaire; S'il passait un lapin, d'un air doux et civil, Vite il courait à lui : Mon cousin, disait-il, J'ai du beau serpolet tout près de ma tanière, De déjeuner chez moi faites-moi la faveur.
S'il voyait un cheval paître dans la campagne, Il allait l'aborder : Peut-être monseigneur A-t-il besoin de boire ; au pied de la montagne
Je connais un lac transparent Qui n'est jamais ridé par le moindre zéphyre :
Si monseigneur veut, dans l'instant
J'aurai l'honneur de l'y conduire.
Ainsi, pour tous les animaux,
Cerfs, moutons, coursiers, daims, taureaux, Complaisant, empressé, toujours rempli de zèle, Il voulait de chacun faire un ami fidèle, Et s'en croyait aimé parce qu'il les aimait.
Certain jour que, tranquille en son gîte, il dormait, Le bruit du cor l'éveille, il décampe au plus vite ;
Quatre chiens s'élancent après,
Un maudit piqueur les excite, Et voilà notre lièvre arpentant les guérets.
11 va, tourne, revient, aux mêmes lieux repasse,
Saute, franchit un long espace Pour dévoyer les chiens, et prompt comme l'éclair ,
Gagne pays, et puis s'arrête* :
Assis, les deux pattes en l'air,