‹ Fables de Florian (volume 2)Chapitre 70 sur 271 · LIVRE III. FABLE VII · texte numérisé non relu

LIVRE III. FABLE VII

L'œil et l'oreille au guet, il élève la tête, Cherchant s'il ne voit point quelqu'un de ses amis.

Il aperçoit dans des taillis Un lapin que toujours il traita comme un frère; Il y court : par pitié, sauve-moi, lui dit-il,

Donne retraite à ma misère, Ouvre-moi ton terrier; tu vois l'affreux péril... Ah ! que j'en suis fâché ! répond d'un air tranquille Le lapin : je ne puis t'offrir mon logement,

Ma femme accouche en ce moment, Sa famille et la mienne ont rempli mon asile ;

Je te plains bien sincèrement ; Adieu, mon cher ami. Cela dit, il s'échappe,

Et voici la meute qui jappe.

Le pauvre lièvre part. A quelques pas plus loin, Il rencontre un taureau que, cent fois au besoin, 11 avait obligé ; tendrement il le prie D'arrêter un moment cette meute en furie

Qui de ses cornes aura peur.

Hélas! dit le taureau, ce serait de grand cœur :

Mais des génisses la plus belle Est seule dans ce bois, je l'entends qui m'appelle ; Et tu ne voudrais pas retarder mon bonheur.

Disant ces mots, il part. Notre lièvre, hors d'haleine, Implore vainement un daim, un cerf dix cors 11 , Ses amis les plus sûrs ; ils l'écoutent à peine,

Tant ils ont peur du bruit des cors.

Le pauvre infortuné, sans force et sans courage, Allait se rendre aux chiens, quand du milieu du bois Deux chevreuils reposant sous le même feuillage

Des chasseurs entendent la voix :

L'un d'eux se lève et part : la meute sanguinaire

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