‹ Fables de Florian (volume 2)Chapitre 97 sur 271 · L'ÉCUREUIL, LE CHIEN ET LE RENARD · texte numérisé non relu

L'ÉCUREUIL, LE CHIEN ET LE RENARD

Un gentil écureuil était le camarade,

Le tendre ami d'un beau danois 7 .

Un jour qu'ils voyageaient comme Oreste et Pylade 8 - 9 ,

La nuit les surprit dans un bois.

En ce lieu point d'auberge ; ils eurent de la peine

À trouver où se bien coucher. Enfin le chien se mit dans le creux d'un vieux chêne, Et l'écureuil plus haut grimpa pour se nicher.

Vers minuit, (c'est l'heure des crimes),

Longtemps après que nos amis, En se disant bonsoir, se furent endormis, Voici qu'un vieux renard, affamé de victimes, Arrive au pied de l'arbre; et, levant le museau,

Voit l'écureuil sur un rameau.

Il le mange des yeux, humecte de sa langue Ses lèvres, qui de sang brûlent de s'abreuver. Mais jusqu'à l'écureuil il ne peut arriver;

Il faut donc, par une harangue, L'engager à descendre ; et voici son discours

Ami, pardonnez, je vous prie, Si de votre sommeil j'ose troubler le cours ; Mais le pieux transport dont mon âme est remplie Ne peut se contenir : je suis votre cousin

Germain ; Votre mère était sœur de feu mon digne père.

Cet honnête homme, hélas ! à son heure dernière, M'a tant recommandé de chercher son neveu,

Pour lui donner moitié du peu Qu'il m'a laissé de bien! Venez donc, mon cher frère,

Venez, par un embrassement, Combler le doux plaisir que mon âme ressent

Page 1