‹ Fables de Florian (volume 3)Chapitre 1 sur 160 · Fables de Florian · texte numérisé non relu

Fables de Florian

Nous ajoutons à nos classiques les Fables de Florian, qui partage avec La Fontaine le privilège d'amuser l'enfance et de l'instruire. Quelques notes mises au bas des pages ont suffi pour éclaircir le texte de ce poëte qui, tout spirituel qu'il est, a cherché surtout à être clair et simple. Nous les avons demandées à l'habile commentateur de notre La Fontaine.

Nous empruntons à la Biographie universelle quelques détails sur Florian, dont la vie, hélas! bien courte, ne présente que peu d'incidents. Né le 6 mars 1755, au pied des Cévennes, non loin d'Anduze, petite ville du Languedoc, dans le château dont il. porte le nom, Florian (Jean-Pierre Claris de) appartenait à une famille noble, distinguée dans le métier des armes, et qui avait cessé d'être opulente. 11 connut à' peine sa mère, qu'il regretta toujours, ce qui lui faisait dire à un pauvre enfant qui pleurait d'une correction maternelle : a Tu es bien heureux, toi, de pouvoir être battu par tanière! » Mot délicat et touchant, qui peint toute la tendresse de son Ame.

Confié d'abord aux soins d'un aïeul, vieillard aimable et instruit, puis attaché, vers quinze ans, comme page au duc de Penthièvre, autre modèle de bonté, Florian avait passé deux années de son enfance au château de Ferney, auprès de Voltaire , qui fut séduit par sa gentillesse, et qui cultiva son esprit sans lui gâter le cœur. Elève de l'école d'artillerie de Bapaume, et plus tard officier de dragons, il garda les mêmes sentiments et charma les ennuis du service par la culture des lettres. Ses pastorales, et surtout Galatée, eurent un grand succès; ses romans poétiques, Numa Pompiliîis, et Gonzalve de Cordoue, ne furent pas moins goûtés. Quelques contes de vers faciles et de charmantes nouvelles en prose, de petites comédies naturelles et piquantes, sans parler de

Il AVANT-PROPOS.

l'imitation de Don Quichotte, soutinrent la réputation qu'il s'était faite, et qui fut consacrée par la deriiiùre et la plus durable de ses œuvres, par ses Fables. L'Académie française qui l'avait couronné s'empressa de l'accupillir, en 1788, a peine â^é de trente-trois an». Il était alors Reniilliomme ordinaire du duc de Penthièvre, qui ne cessa jamais d'être son protecteur et son ami. La Révolution vint trouliler la vie si douce et si bien remplie de Florian ; la secousse fut trop rude pour cette âme délicate, elle en fut brisée. Florian, retenu plusieurs mois en prison, n'en sortit que pour languir quelque temps et puis mourir, à Sceaux, où il était revenu, le 13 sep- %/ tembre 1794, dans le cours de sa trente-neuvième année.

Florian n'est pas au rang des écrivains supérieurs, mais c'est un poëte agréable et il a sa physionomie propre. M. Geruzez , dans son Histoire de la Litierature française, nous parait l'avoir judicieusement apprécié en peu de mots : « Cet esprit aimable, c.' cœur ing'nu, épris d'innocence, de candeur, d'héroïsme même, adoucit et amollit tout ce qu'il tou che; il n'y a pas un loup dans ses bergeries, pas un félon parmi ses chevaliers; ys bergères ont plus de scrupules que VAstrée de dUrfé , ses bergers plus de délicatesse que 1'.^minreduTasse et que CeVadon; dans ses romans historiques 11 suit les procédés de Mlle Scudéri , mais il les ménage; en imitant Cervantes , il réduit à une douce malice la force comique de l'auteur de Don Quichotte; partout il polit, il efface les saillies, mais partout il oflfre je ne sais quoi de doux, d'aisé et de caressant, qui a du charme et dont on ne se lasse point. »

Nous avons placé à la suite des Fables le petit poCme de Tobie et l'églogue biblique de iiu(/i, qui en sont inséparable' comme complément moral.

DE LA FABLfc:.

Il y a quelque temps qu'un de mes amis, me voyant occupé de faire des fables, me proposa de me présenter à un de ses oncles, vieillard aimable et obligeant, qui , toute sa vie, avait aimé de prédilection le genre de l'apologue, possédait dans sa bibliothèque presque tous les fabulistes, et relisait sans cesse La Fontaine.

J'acceptai avec joie l'offre de mon ami : nous allâmes ensemble chez son oncle.

Je vis un petit vieillard de quatre-vingts ans à peu près, mais qui se tenait encore droit. Sa physionomie était douce et gaie, ses yeux vTfs et spirituels; son visage, son souris, sa manière d'être, annonçaient cette paix de l'âme, cette habitude d'être heureux par soi, qui se communique aux autres. On était sûr, au premier abord , que l'on voyait un honnête homme que la fortune avait respecté. Cette idée faisait plaisir, et préparait doucement le cœur à l'attrait qu'il éprouvait bientôt pour cet honnête homme.

Il me reçut avec une bonté franche et polie , me fit asseoir près de lui, me pria de parler un peu haut, parce qu'il avait, me dit-il, le boaheur de n'être que sourd ; et, déjà prévenu par son neveu que je me donnais les airs d'être un fabuliste , il me demanda si j'aurais la complaisance de lui dire quelques-uns de me» apologues. Je ne me fis pas presser; j'avais déjà de

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