XVII. Le Chat et les Rats
Dn angora ', que sa maltresse Nourrissait de mets délicats , Ne faisait plus la guerre aux rats ; Et les rats , connaissant sa bonté , sa paresse ,
1. Angora est une ville de l'Asie Minenre, autrefois Ancyre, qui a donné son nomàune espèce de chats, donilepoil estlonget soyeux.
104 LivuE IV, Fable xvii.
Allaienl, IroUaienl partout, et ne se glanaient pai Un jour, dans un grenier retiré, solitaire , Où notre chat dormait après un bon festin ,
Plusieurs rats viennent dans le grain
Prendre leur repas ordinaire.
L'angora ne bougeait. Alors mes étourdis Pensent qu'ils lui font peur ; l'orateur de la troupe
Parle des chats avec mépris.
On applaudit fort, on s'attroupe,
On le proclame général.
Grimpé sur un boisseau qui sert de tribunal' : « Braves amis , dil-il , courons à la vengeance. De ce grain désormais nous devons être las ; Jurons de ne manger désormais que des chais ; On les dit excellenls ; nous en ferons bombance. « A ces mots , partageant son belliqueux transport , Chaque nouveau guerrier sur l'angora s'élance ,
Et réveille le chat qui dort.
Celui-ci , conmie on croit , dans sa juste colère ,
Couche bientôt sur la poussière
Génériil , tribuns et soldats.
Il ne s'échappa que deux rats, Qui disaient, en fuyant bien vite à leur lanière :
« Il ne faut point pousser à bout
L'ennemi le plus débonnaire; On perd ce que l'on tient quand on veut gagner tout. »
I. Triliiinal est là pour tribune; car le rat fait ici métier d'orateur, et non déjuge.
XVIIl. Le Miroir de la Vérité,
Dans le beau siècle d'or, quand les premiers humains, Au milieu d'une paix profonde , Coulaient des jours purs et sereins,