LIVRE IV, FABLE XVIIl
La Vérité courait le monde
Avec son miroir dans les mains.
Chacun s'y regardait, et le miroir sincère Retraçait à chacun son plus secret désir,
Sans jamais le faire rougir :
Temps heureux , qui ne dura guère !
L'homme devint bientôt méchant et criminel
La Vérité s'enfuit au ciel En jetant de dépit son miroir fur la terre.
Le pauvre miroir se cassa.
Ses débris, qu'au hasard la chute dispersa,
Furent perdus pour le vulgaire.
Plusieurs siècles après on en connut le prix ; Et c'est depiris ce temps que l'on voit plus d'un sage
Chercher avec soin ces débris, Les retrouver parfois; mais ils sont si petits,
Que personne n'en fait usage.
Hélas ! le sage le premier
Ne s'y voit jamais tout entier.