‹ Fables de Florian (volume 3)Chapitre 124 sur 160 · XIX. Les deux Paysans et le Nuage · texte numérisé non relu

XIX. Les deux Paysans et le Nuage

« Guillot, disait un. jour Lucas

D'une voix triste et lamentable,

Ne vois tu pas venir là-bas Ce gros nuage noir? C'est la marque effroyable [lot. Du plus grand des malheurs. — Pourquoi? répond Guil- — Pourquoi? Regarde donc; ou je ne suis qu'un sot,

Ou ce nuage est de la grêle Qui va tout abîmer, vigne , avoine , froment ;

Toute la récolte nouvelle

Sera détruite en un moment.

Il ne restera rien : le \il!age en ruine

Dans trois mois aura la famine ; Puis la peste viendra; puis nous périrons tous.

106 LIVRE IV, FABfE XIX.

— La peste! dit Guillot : doucement, calmez-vous;

Je ne vois point cela , compcrc :

Et, s'il faut vous parler selon mon sentiment,

C'est que je vois tout le contraire ;

Car ce nuage assurément Ne porte point de grôle; il porte de la pluie.

La terre e&t sèche dès longtemps;

Il va bien arroser nos champs ; Toute notre récolte en doit être embellie.

Nous aurons le double de foin , Moitié plus de froment, de raisins .ibondance;

Nous serons t(ius dans l'opalonce, Et rien , hors les tonneaux, ne nous fera besoin*.

— C'e>t birn voir que cela! 'lit Lucas en colère.

— Mais chacun a ses yeux , lui répondit Guillot.

— Oh ! puisqu'il est ains\j je ne dirai plus mot;

Attendons la fin de l'aiTaire :

Rira bien qui rira le dernier. — Dieu merci ,

Ce n'est pas nvii qui pleure ici. »

Ils s'échautTaient tous deux; déjà , dans leur furie, Ils allaient se gourmer, lorsqu'un souille de vent Emporta loin de là le nuage elfrayant :

Ils n'eurent ni grêle ni pluie.

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