‹ Fables de Florian (volume 3)Chapitre 128 sur 160 · I. Le Berger et le Rossignol · texte numérisé non relu

I. Le Berger et le Rossignol

A H. l'abbé DELILI-E.

0 toi, dont la touchante et sublime harmonie Charme toujours l'oreille en attacliant le cœur,

Digne rival, souvent vainqueur,

Du chantre fameux d'Ausonie', Delille, ne crains rien ; sur mes légers pipeaux Je ne viens point ici célébrer les travaux, Ni dans de faibles vers parler de poésie.

Je sais que rimmortalilé.

Qui l'est déjà promise au temple de mémoire,

T'est moins chère que ta gaîté ; Je sais que, méritant tes succès sans y croire. Content par caractère et non par vanité,

Tu te fais pardonner ta gloire

A force d'amabilité :

C'est ton secret ; aussi je finis ce prologue.

Mais du moins lis mon apologue; Et si quelque envieux, quelque esprit de travers,

Outrageant un jour tes beaux vers, Te donne assez d'humeur pour t'cmpôcher d'écrire, Je te demande alors de vouloir le relire.

Dans une belle nuit du charmant mois de mai, Un berger contemplait, du haut d'une colline,

1. Périphrase pour désigner Virgile, le prince des poètes de l'Italie. ijii'on appelle aussi Ausonie. — I.'ahbé Delille (1738-1813) avait publié en 1769 sa belle traduction des Géoryiques,

110 LiVKB V, FABLE I.

La lune promenant sa lumière argentine

Au milieu d'un ciel p'ir, d'étoiles ^larsemé ;

Le tilleul odorant, le lilns, l'aubépme,

Au gré du doux z6phir balançant leurs rameaux;

El les ruisseaux dans les prairies

Brisant sur des rives fleuries

Le cristal do leurs claires eaux.

Un rossignol, dons le bocaçe, Mêlait ses doux arcents à ce calme cuchaoleur . L'écho les répétait, et notre heureux pasteur, Transpoité de plaisir, écoutait son ramage. Mais tout à coup l'oiseau finit ses tendres sons.

En vain le berger le supplie

De continuer ses chansons, t Non, dit le rossignol ; c'en est fait pour !a vie ; Je ne troublerai plus ce? pai^ibks forêts.

N'entends-tu pas dans ce marais

Mille grenouilles coassantes.

Qui par des cris aiïreux insultent à mes chants? Je cède, et reconnais que mes faibles accents Ne peuvent l'emporter sar leurs voix .; la pissante». — Ami, dit le berger, tu vas combler leurs vœux; Te taire est le moyen qu'on les écoule mieux : Je ne les entends plus aussitôt que tu chantes. »

il. Les deux Lions.

Sur les bords africains, aux lieux inhabités Où le char du soleil rotde en brùl#nl l;i terre, Deux énormes lions, de la soif tourmentés, Arrivèrent au pied d'un désert soiitniro '. Un filet d'eau coulait, faible et dernier effort

1. Oo ne dit pas U pied d'nn désert, et on n'a pas bosoln de iirt (lu'uD désert est solitaire.

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