‹ Fables de Florian (volume 3)Chapitre 13 sur 160 · I. La Fable et la Vérité · texte numérisé non relu

I. La Fable et la Vérité

La Vérité toute nue Sortit un jour de son puits'.

Ses attraits par le temps étaient un peu détruilp,

Jeune et vieux fuyaient à sa vue*.

La pauvre Vérité restait là morfondue, Sans trouver un asile où pouvoir habiter'.

A ses yeux vient se présenter

La Fable richement vêtue ,

Portant plumes et diamants, '

La plupart faux, mais très-brillants.

« Enl vous voilà! bonjour, dit-elle:

Que faites-vous ici seule sur un chemin? » La Vérité répond : « Vous le voyez, je gèle;

Aux passants je demande en vain

De me donner une retraite; Je leur fais peur à tous. Hélas I je le vois bien,

Vieille femme n'obtient plus rien.

— Vous êtes pourtant ma cadette,

Dit la Fable, et, sans vanité,

1. Les anciens plaçaient au fond d'un puits le séjour de la Vérité, qui s'y était réfugiée loin des hunimes qui la uialtraiuicpt. Oa ignore maintenant oh elle se cache.

2. Ce vers est mauvais : jeune et vieux, au singulier, ne peut pas représenter les jeunes gens et les vieillards fuyant tous à la vue de la vérité; il auraii fallu dire :

Jeunes et vieux, tous fuyaient à sa vue.

3. Habiter n'est pas le mot propre; s'abri/er conviendrait miciisî la Vérité cherche, doq pas au logemeut, mais uu abri.

s LIVRE I, FABLE I.

Partout je suis fort bien reçue.

Mais aussi, dame Vérité,

Pourquoi vous montrer toute nue ?

Oda n'est pas adroit. Tenez, arrangeons nous;

Qu'un mémo intérêt nous rassemble :

Tenez sous mon manteau , nous marelierons ensemble.

Chez le sage , à cause de vous ,

Je ne serai point rebutée;

A cause de moi , chez les fous

Vous ne serez point mullrailée.

Servant par ce moyen chacun selon son goùl, Grâce à voire raison et grâce à ma folie.

Vous verrez, ma sœur, que partout

Nous passerons de compagnie'. »

1. Florian met ici en action ces Ters de Ia Fonlaiue (Uv. VI, hUeii, ▼. 3):

Une Morale nue apporte de l'etioai :

Le Conte fait passer Iç précepte avec lui.

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