XX DE LA FABLE
que ce sont vos rivaux ; je me borne à vous souhaiter de les valoir.
« Voilà l'histoire de la fable, telle que je la conçois et la sais. Je vous l'ai faite pour mon plaisir peut-être plus que pour le vôtre. Pardonnez cette digression à mon âge et à mon goût pour l'apologue. »
A ces mots le vieillard se tut. Je crois qu'il en étail temps, car il commençait à se fatiguer. Je le remerciai des instructions qu'il m'avait données, et lui demandai la permission de lui porter le recueil de mes fiibles , pour qu'il voulût bien retrancher d'une main plus ferme que la mienne celles qu'il trouverait trop mauvaises, et m'indiquer les fautes susceptibles d'être corrigées dans celles qu'il laisserait. Il me le promit , me donna rendez-vous à huit jours de là. On juge que je fus exact à ce rendez-vous : mais quelle fut ma douleur, lorsque, arrivant avec mon manuscrit, j'appris à la porte du vieillard qu'il était mort de la veille ! Je le regrettai comme un bienfaiteur, car il l'aurait été , et c'est la môme chose. Je ne me sentis pas le courage de corriger sans lui mes apologues, encore moins celui d'en retrancher; et, privé de conseil , de guide, précisément à l'instant où l'on m'avait fait sentir combien j'en avais besoin , pour me délivrer du soin fatigant de songer sans cesse à mes fables, je pris le parti de les imprimer. C'est à présent au public à faire l'office du vieillard : peut-être trouverai-je en lui moins de politesse, mais il trouvera dans moi la même docilité.