LIVRE V, FADLE
N'en devait arriver qu'après
Le gain de mon premier procès; Or, ce procès perdu, je suis quitte, je pense :
Mon dilemme est certain. — Nenni,
Répondait aussitôt le maître :
Si vous perdez, payez; la loi l'ordonne ainsi.
Si vous gagnez, sans plus remettre,
Payez; car vous avez signé Promesse de payer au premier plaid gagné : Vous y voilà. Je crois l'argument sans réponse. » Chacun attend alors que le juge prononce;
Et l'auditoire s'étonnait
Qu'il n'y jetât pas son bonnet.
Le léopard rêveur prit enûn la parole : € Hors de cour, leur dit-il : défense à l'écolier
De continuer son métier,
Au maître de tenir école *. »
1. Ou raconte cette aventure d'un sophiste de l'antiquité. Florian s'est contenté de la tourner en apologue et d'en tirer la moralité, qui condamne au silence ceux qui font métier d'abuser de la parole.
lY. La Colombe et son Nourrisson.
Une colombe gémissait
De ne pouvoir devenir mère :
Larmes, vœux et soupirs, rien ne réussissait. Un jour, se promenant dans un bois solitaire,
Elle rencontre en un vieux nid Un œuf abandonné, point trop gros, point petit.
Semblable aux œufs de tourterelle.
« Ah! quel bonheur! s'écria-t-ellc :
Je pourrai donc enfin couver,
Et puis nourrir, puis élever, Un enfant qui fera le charme de ma vie 1
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Tous les soins qu'il me coûtera,
Les tourments qu'il me causera, Seront encor des biens pour mon âme ravie :
Ou'l plaisir vaut cesçoucis là? »
Cela dit, dans le nid la colombe établie Se met à couver l'œuf, cl le couve si bien,
Qu'elle no le quitte pour rien, Pas même pour manger; l'amour nourrit les mères. Après vingt et un jours elle voit naître enfin Celui dont elle attend son bonheur, son destin
Et ses délices les plus clières.
De joie elle est prête à mourir. Auprès de son petit nuit et jour elle veiile. L'écoute respin r, le regarde dormir.
S'épuise pourlc mieux nourrir.
L'enfant chéri vient à men'eillK;
F' n corps grossit en peu de temps ;
Rliiis son bec, ses yeux et ses ailes,
Dill'èrent foit des tourterelles;
Ij\ mère les voit ressemblants.
A bien élever sa jeunesse Elle met tous ses soins, lui prêche la sagesse, Et surtuut l'amitié, lui dit à chaque instant :
« Pour être heureux, mon ch^T enfant, Il ne faut que deu.\ points, la paix avec soi-même, Puis quelques bons amis dignes de nous chérir. La vertu de la paix nous fait seule jouir;
El le secret pour qu'on nous aime, C'est d'aimer les premiers, facile et doux plaisir. •
Ainsi parlait la tourterelle,
Quand, au milieu de sa leçon,
Un mallieuii ux petit pinson.
Échappé de sur. nid, vient s'abattre auprès d'elle. Le jeune nouirissim à peine l'aperçoit,
Q)u'il court à lui. Sa mèie croit Que c'est pou; lo traiter comme ami, comme frtre,
Et pour ollrir au voyageur
Une retraite hospitalière :