LIVRE V, FABLE XIII
Ils me regrolteronl, mais après mon trépas, n Ainsi se lamentait ccr taino sauterelle ,
Hypocondre et n'estimant qu'elle.
« Où prenez-vous cela, ma sœur?
Lui dit une de ses compagnes :
Quoi ! vous ne pouvez pas vivre dans ces campagnea En broutant de ces prés la douce et tendre fleur, Sans vous emharrasser des afl'aires du monde?
Je sais qu'en travers il abonde :
Il fut ainsi toujours, et toujours il sera; Ce que vous en direz grand'cliose n'y fera. D'ailleurs, où vit-on mieux? Quant à votre colère Contre ces ennemis qui n'en veulent qu'à vous;
Je pense, ma sœur, entre nous.
Que c'est peut-être une chimère, Et que l'orgueil souvent donne ces visions. » Dédaignant de répondre à ces sottes raisons, La sauterelle part, et sort de la prairie
Sa patrie.
Elle sauta deux jours pour faire deux cents pas. Alors elle se croit au. bout de l'hémisphère, Chez un peuple inconnu , dans de nouveaux Étals ;
Elle admire ces beaux climats.
Salue avec respect cette rive étrangère.
Près de là , des épis nombreux Sur de longs chalumeaux, à six pieds de la terre, Ondoyants et pressés se balançaient entre eux.
0 Ah! que voilà bien mon affaire!
Dit-elle avec transport : dans ces sombres taillis Je trouverai sans doute un désert solitaire ; C'est un asile sur contre mes ennemis. » La voilà dans le blé. Mais, dès laube suivante.
Voici venir les moissonneurs.
Leur troupe nombreuse et bruyante S'étend en demi-cercle; et, parmi lesclameura,
Les ris, les chants des jeunes filles, Les épis entassés tombent sous les faucilles ; La terre se découvre , et les blés abattus