LIVRE V, FABLE XIX
De vous imiter, si je puis !
Minerve, en vous plaçant sur sa tôle divine,
Connaissait bien tout votre prix ;
C'est avec elle, j'imagine,
Que vous en avez tant appris.
— Non, répond le hibou , j'ai bien {xîu de science ; Mais je sais me sulTire, et j'aime le silence, L'obscurité surtout. Quand je vois des oiseau.K Se disputer entre eux la force, le courage, Ou la beauté du chant , ou celle du plumage , Je ne me mélo point parmi tant de rivaux ,
Et me tiens dans mon ermitage.
Si malheureusement , le matin, dans le bois, Quelque étourneau bavard , quelque méchante pie M'aperçoit; aussitôt leur glapissante voix Appelle de partout une troupe étourdie ,
Qui me poursuit et m'injurie :
Je souflVe , je me tais; et , dans ce chamaillis ,
Seul , de sang-froid et sans colère, M'esquivaiil doucement de taillis en taillis , Je regagne à la fin ma retraite si chère. Là, solitaire et libre, oubliant tous mes maux, Je laisse les soucis, les craintes à la porte; Voila tout mon savoir : Je m'abstiens, je supporte;
La sagesse est dans ces deux mots. »
Tu me l'as dit cent fois , cher Ducis' les ouvrages ,
Tes beaux vers , tes nombreux succès , Ne sont rien à tes yeux , auprès de cette paix
Que l'innocence donne aux sages.
Quand, de ITîschyle anglais' heureux imitateur,
Je te vois, d'une main hardie,
Porter sur la scène agrandie Les crimes de Macbeth , de Lear le malheur, La gloire est un besoin pour ton âme attendrie ;
I. Shakspeirc , dont Ducis a imite avec succès l'Hanilct, rotliello, le Jlaebclb et le rui Lear.