‹ Fables de Florian (volume 3)Chapitre 159 sur 160 · Profectus est Tobias , el canis seculus est eum , etc · texte numérisé non relu

Profectus est Tobias , el canis seculus est eum , etc

2. Exentcra hiinc piscHin , et mr ejus, el fel.... Quod quum feciEsel , aiiavil carnes ejiis , cl sccum lulcruiii in via.

Le jeune Hébreu, surpris, obéit à l'instant; Il partage le corps du monstre palpitant, En réserve le fiel; sur une flamme pure Le reste préparé devient sa nourriture.

Cependant de Ra^ès, au bout de quelques jours, Les voyageurs cbarmés aperçoivent les tours. L'ange, avant d'arriver aux portes de la ville : « De Gdbélus, dit-il, ne cherchons point l'asile; Dès longtemps Gabélus a quitté ces climats. Chez un autre que lui je vais guider vos pas; Le riche Raguel, neveu de votre père, A pour tille Sara, son uniqui> héritière. Son plus proche parent doit seul la posséder; La loi l'ordonne ainsi, venez la demander. » Interdit à ces mot», le docile Tobie Lui répond : a 0 mon frère, à vous seul je confie* Des malheurs de Sara ce qu'on m'a rapporté : Tout Israël connaît sa vertu, sa beauté; Mais déjà sept époux, briguant son hyménée, Ont, dès le môme soir, fini leur destinée. Que deviendra mon père, hélas ! si je péris? — Ne craignez rien, dit l'ange et suivez mes avis. Ivres d'un fol amour que le Seigneur condamne. Les amants de Sara brûlaient d'un feu profane, Ils en furent punis : mais vous, mon frère, vous. Que la loi de Moïse a nommé son époux, Dont le cœur, aux vertus formé dès votre enfance, Épurera l'amour par la chaste innocence, Vous obtiendrez Sara sans irriter le ciel. >

En prononçant ces mots, ils sont chez Raguel. Tous deux, les yeux baissés, demandent à l'entrée Cette hospitalité des Hébreux révérée.

1. Audio quia tradita est septem viris,ct mortui sunt.... Timeo ne forte et niihi hcec eveniant, et, quum sim unicus parcntibua meis. deponam senectuiem illorum ciim trlsliiia ad inferos. Tune 6n(:clus dixit ei : Hi qui con|U(;ium it:i suscipiunt, ut Deum a se et H Rud tnenie excludant, et bux litiidim iia vacent.... habet poleslalem dœmooium super eos. Tu auieni, etc.

Raguel, à leurvoix empressé d'accourir, Rend grâce aux voyageurs qui l'ont daigné choisir , Mais, fixant sur l'un d'eux une vue attentive, Il reconnaît les traits du vieillard de Ninive. Quelques pleurs aussitôt s'échappent de ses yeux : « Seriez-vous , leur dit-il, du nombre des Hébreux Que le vainqueur retient dans les champs d'Assyrie? — Oui, répond l'ange. — Ainsi vous connaissez Tobie '"/

— Qui de nous a souffert et ne le connaît pas?

— Ah! parlez : avons-nous à pleurer son trépas? Ou le Seigneur, touché de nos longues misères , L'a-t-il laissé vivant pour exemple à nos frères?

— II respire, dit l'ange, et vous voyez son fils.

— 0 jour trois fois heureux ! Enfant que je bénis , Viens, accours dans mon sein ; que Raguel embrassa Le digne rejeton d'une si sainte racel

Ton père soixante ans fut notre unique appui ; Viens jouir, ô mon fils , de notre amour pour lui. »

II appelle aussitôt scn épouse et ^a fille, Annonce son bonheur à toute sa famille , Et veut que d'un bélier immolé par sa main Aux hôtes qu'il reçoit on prépare un festin On obéit. Tobie, assis près de son guide, Sur la belle Sara porte un regard timide : II rencontre ses yeux; aussitôt la pudeur Couvre son jeune front d'une aimable rougeur. Il s'enhardit pourtant ; et d'une voix émue : « 0 Raguel , dit-il , notre loi t'est connue ; Tu sais qu'elle prescrit des nœuds encor plus doux Aux liens que le sang a formés entre nous; Je réclame la loi , je suis de ta famille ; Au fils de ton ami daigne accorder ta fille. Mes seuls titres, hélas ! pour obtenir sa foi ,

1. Dixitque illis Raguel ; Nostls Tobiam fratrem meure ? Qui diteruDt : Novimus. Et niisit se Kaguel, et cum laci iniis osculaïus est euiii, et, plorans supra c>j|lum ejus, dixil: Bcncdictlo sit tibi, Ali nii, quia boni etoptiini vin tiliu» e:^.... Etpiœcepil Raguel occidi arieieui et parari cuiiviviuin.

148 TUBIE.

Sont le nom de mon père et mon respect pour toi. »

Le vieillard, à ces mois, sent nattre seS alarmes ' . Il élève au Seigneur des yeux remplis de larmes : Son épouse et sa ûlle, en se pressant la main , Ont caché toutes deux leur télé dans leur sein. Mais l'ange les rassure , et sa douce éloquence Dans leur cœur pas à pas fait rentrer l'espérance , Il les plaint, les console, et de leur souvenir Bannit les maux passés par les biens à venir. Raguel entraîné cède au pouvoir suprême De ce jeune inconnu qu'il révère et qu'il aime ; Il unit les époux au nom de l'Éternel , Les bénit en tremblant, les recommande au ciel , Et, pendant le festin, sa timide allégresse Voile quelques instans sa profonde tristesse. Le repas achevé, dans leur appartement Les deux nouveaux époux sont conduits lentement. A genoux aussitôt, le front dans la poussière*, Ils élèvent au ciel leur touchante prière : « Dieu puissant, disent-ils, qui daignas de tes mains Former une compagne au premier des humains , Afln de consoler sa prochaine misère Par le doux nom d'époux et par celui de père , Nous ne prétendons pomt à ce bonheur parfait Qui pour le cœur de l'homme, hélas ! ne fut point fait ; Mais donne-nous l'amour des devoirs qu'il faut suivre : La vertu pour souffrir, la tejidresse pour vivre, Des héritiers nombreux dignes de te chérir, Et des jours innocents passés à te servir. »

Dans ces devoirs pieux la nuit s'écoule entière. Dès que le chant du coq annonce la lumière ,

1. Quo audilo verho Raguel expavit, gcicns quod evenerit aeptem vins.... Et dixii angélus: Noli liniere... etu.Et appreliendensdexielam lilifB aHse,dexierœ Tobiœ iradidil..., etc.

2. Instanicr orat)ant ambu simul.... Domine Ocus patrum nostrorum ... tu fecisli Adam de limo tnrric, dedistiquc ci adjulorian llcvain.... Miserere nobis, etconsenescamuB ambo pariter sani. El factiim est circa (lullornm cantum . etc.

TOBIE. Ii9

Raguel, son épouse, accourent tout tremblanls,

N'osant pas espérer d'embrasser leurs enfans :

Ils les trouvent tous deux dans un sommeil tranquille.

De festons aussitôt ils parent leur asile .

Font ruisseler le sang des taureaux immolés ,

Et retiennent dix jours leurs amis rassemblés.

L'ange, pendant ce temps , au fond'de la Média, Allait redemander le dépôt de Tobie.

Gabéliis le lui rend ; et lange de retour, Au milieu des plaisirs, de l'hymen, de l'amour, Retrouve son ami pensif et solitaire , Soupirant en secret de l'absence d'un père. « Partons, lui dit Tobie , ô mon cher bienfaiteur : Être heureux loin de lui pèse trop sur mon cœur. Parmi tant de festins , au sein de l'opulence, Je ne vois que mon père en proie à l'indigence : Hâtons-nous, hâtons-nous d'aller le secourir; Obtiens de Raguel qu'il nous laisse partir. Il est père ; aisément son âme doit comprendre Ce qu'un fils doit d'amour au père eolus tendre. »

11 dit. L'ange aussitôt va trouver Haguel : 11 le fait consentir à ce dwart cruel. Le malheureux vieillard Ves conjure , les presse De revenir un jour consoler sa vieillesse; Tobie en fait serment; et bientôt les chameaux , Les esclaves nombreux , les mugissants troupeaux , Qui de la jeune épouse ont été le partage , Vers la terre d'Assur commencent leur voyage. L'ange, présent partout, guide les conducteurs. Sara, le front voilé , cachant ainsi ses pleurs , Assise sur le dos d'un puissant dromadaire, Soupire et tend de loin ses deux bras à sa mère; Son époux la soutient sur son sein palpitant; Et le fidèle chien marche en les précédant.

Hélas! il était temps que le jeune Tobie '

I. Quum vcro moras faoerelTobias causa nupiiariini, .sullicitus Liai paler ejus Tobias.... Cocpit autcm cjntiiftari nioiis ipse, ci

150 TOBIK.

A son malheureux père allât rendre la vie. Depuis qu'il est parti, ce vieillard désolé, Comptant de son retour le moment écoulé , Se traînait cha"qiie jour aux portes de Ninive Son épouse guidait sa démarche tardive.

Le vieillard restait seul, assis sur le chemin. Vers chaque voyageur il étendait la main : Le voyageur passait ; et Tobie en silence Pour la reperdre encore attendait l'esuérance. Sa femme, gravissant sur les monts d'alenlour, Cherchait au loin des yeux l'objet de son amour, Pleurait de ne point voir cet enfant qu'elle adore, Et suspendait ses pleurs pour le chercher encore. Mais ce fils approchait : accusant ses lenteurs, Il laisse ses troupeaux aux soins de leurs pasteurs, Les précède avec l'ange; et sa mère attentive • L'aperçoit tout àcoup accourant vers Ninivo. Elle vole aussitôt, craint d'arriver trop tard; Mais le chien, plus prompt qu'elle , est auprès du vieilli reconnaît son maître, il jappe, il le caresse, [lard; Exprime par ses cris sa joie et sa tendresse. Le malheureux aveude, à ces cris qu'il entend , Juge que c'est son fils que le Seigneur lui rend : 11 se lève ; et, d'un pas chancelant et rapide , Marchant les bras ouverts, sans soutien et sans guide : « 0 mon fils, criait-il, c'est toi , c'est toi.... » Soudain Le jeune homme en pleurant s'élance dans son sein ; Le vieillard le reçoit, elle serre, et le presse;

Anna uxor ejus cum eo, eicœperuiit ambo bimul flere, eo quod die statuio minime revcrieretur films eorum ad eus..., etc. Mater, quotidie exsiliens, circiinrspicipljat ei circuibal vias omnes per quas spes remeutidi videbalur, ui procul videreleum. si tieri posset , ve- Dieutem.

1. Et dum ex eodem locu apecularelur advcntuni ejus, vidit a looge, ei illico agnovit vcnieuteni tiliuin suum; currensque..., etc. Tune praecucurrii caiiis qui simul fuerai in v:a,el, quasi nuniiii» oil\ei;ieii8, hiandimerito caudae suie gaiidebHt. El cmisuruL-ns aecua pttier ejus , iiiii'it offendens pedibua currere, et, data uianu puero, ttOCurriiubviuni tilio.su»

D'un long embrassement il savoure l'ivresse ; Au défaut de ses yeux, sa paternelle main S'assure d'un bonheur qu'il croit Iroppeu certain. La mère arrive alors palpitante, éperdue, Réclaman t à grand cris une si chère vue ; Les larmes du bonheur coulent de tous les yeux ; Et l'ange , en les voyant, se croit encore aux cieux. Après ces doux transports, l'ange dit à son frère De toucher du vieillard la tremblante paupière ' Avec le Gel du mortstre immolé par ses mains. Le jeune homme obéit à ses ordres divins , Et Tobie aussitôt voit la clarté céleste. « Gloire à toi, cria-t-il, Dieu puissant que j'atteste I J'avais péché longtemps , et longtemps je souffris : Mais je revois enfin et le ciel et mon fils ; 0 mon Dieu , je rends grâce à ta bonté propice : Oui, ta miséricorde a passé ta justice. » Il dit ; et de Sara les serviteurs nombreux, Les troupeaux, les trésors , viennent frapper ses yeux, La modeste Sara descend , lui fait hommage De ces biens devenus désormais son partage , Lui demande à genoux d'aimer et de bénir L'épouse qu'à son fils le ciel voulut unir. Le vieillard étonné la relève, l'embrasse; Il admire ses traits , sa jeunesse , sa grâce. Et, s'appuyant sur elle, écoute le récit De ce qu'a fait son Dieu pour l'enfant qu'il chérit. « Mais, ajoute ce fils, vous voyez dans mon frère* Mon soutien, mon sauveur, mon ange tulélaire; Il a guidé mes pas, il défendit mes jours;

1. Tune siunens Tobiasde felle piscis, linivil oculospatris gui.... Suiim visum rccepit, et gloriticabaiii Deuiu.... Dicebatque Tobias : Benedico te , Domine.... quia tu castigasti me.... El ecce ego video Tobiam filium meum.

2. Me duxitet redu.xit sanum.... uxorem ipse nie habere fecit.... aie ipsiim a devoratiuiie piscis eripuii, te quoque videre fecit luinen cosli ... Quid illi ad haec poierimun dignum dare? Sed pelo , pater mi , ut ruges eum si Ibrie dignabiiur medietatem de omnibus quœ allata sunt sibi assumerc.

C'est de lui que je liens l'objet de mes amours, Lui seul vous fait revoir la céleste lumière ; Il m'a donné ma femmo et m'a rendu mon père ; Hélas! que peut pour lui notre vive amitié? Des trésors de Sara donnons-lui la moitié : Qu'en recevant ce don sa bonté nous honore; S'il daigne l'accepter, il nous oblige encore. »

Aux pieds de lan^e alors, le père avec le fils , Rougissant tous les deux d'offrir ce faible prix, Le pressent de choisir dans toute leur richesse L'ange, les regardant, sourit avec tendresse : « Ne vous offensez pas , dit-il, de mes refus; Gardez, gardez vos biens, et surtout vos vertus, Elles vous ont valu le secours de Dieu môme. Je suis l'ange envoyé par ce Dieu qui vous aime' : Il voulut acquitter ces bienfaits si nombreux Répandus, prodigués à tant de malheureux. Vos aumônes, vos dons, ô vieillard charitable, Tout, jusqu'au simple vœu d'aider un misérable, Fut écrit dans le ciel ; Dieu conserve en ses mains, Comme un dépôt sacré , le bien fait aux humains. Il vous rend ces trésors , mais pour le même usage : Au pauvre, à l'indigent faites-en le partage; Donnez pour amasser auprès de l'Éternel , Vivez longtemps heureux, moi je retourne au ciel. »

I. Ego enim sum Raphaël angélus, unus ex scptem qui adslamus anie Doniinura.... Bona est oiaiio cum jejutiio et clceniosyna..., ouoniam cleemosyiia a morte liherul,... ci facii iiivenire niiseri';or- (liam.... etc. Tenipusestergoui revcrtaradcuni qui memisit..., elc.

TABLE DES MATIERES

AviNT-PROPOS.

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