‹ Fables de Florian (volume 3)Chapitre 36 sur 160 · LIVRE I, FABLE XVI · texte numérisé non relu

LIVRE I, FABLE XVI

C'était une de ces lunettes Faites pour 1 Opéra, que , par hasard , un soir, Le raattre avait perdue en ce lieu solitaire.

Le chat d'abord la considère, La touche de sa griffe, et de l'extrémité La fait à petits coups rouler sur le côté, Court après, s'en saisit, l'agite, la remue,

Étonné que rien n'en sortît.

Il s'avise à la fln d'appliquer à sa w\e. Le verre d'un des bouts, c'était le plus petit. Alors il aperçoit sou> la verte coudrcttc Un lapin que ses yeux tout seuls np voyaient pas. « Ah ! quel trésor! » dit-il en serrant sa lunette, Et courant au lapin qu'il croit à quatre pas. Mais il entend du bruit; il reprend sa machine. S'en sert par l'autre bout , et voit dans le lointain

Le garde qui vers lui chemine.

Pressé par la peur, par la faim ,

Il reste un moment incertain , Hésite, réfléchit, puis de nouveau regarde : Mais toujours le gros bout lui montre loin le garde, Et le petit tout près lui fait voir le lapin '. Croyant avoir le temps , il va manger la bote ; Le garde est à vingt pas, qui vous l'ajuste au front,

Lui met deux balles dans la tête,

Et de sa peau fait un manchon.

Chacun de nous a sa lunette , Qu'il retourne suivant l'objet :

On voit là-bas ce qui déplaît, On voit ici ce qu'on souhaite.

1. On ne voit pas pourquoi ce chat prend toujours le gro» bout pour lorgner le garde et le petit boutpiurle lapin. Celle nouTellc manœuvre est inutile et invraisenibiabie, el il suffisait de la pre- «ière pour amener la moralité, qui est juste et piquante.

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