LIVRE I, FABLE XX
a J'ai mes maux, lui dit-il , et vous avez les vôtres : Unissons-les, mon frère, ils seront moins affreux. — Hélas! dit le perclus, vous ignorez, mon frère,
Que je ne puis faire un seul pas ;
Vous-même vous n'y voyez pas :
A quoi nous servirait d'unir notre misère? — A quoi? répond l'aveugle; écoutez : A nous deux Nous possédons le bien à chacun nécessaire :
J ai de^ jambes , et vous des yeux.
Moi, je vais vous porter; vous, vous serez mon guide : Vos yeux dirigeront mes pas mal assurés ; Mes jambes , à leur tour , iront où vous voudrez. Ainsi , sans que jamais notre amitié décide Qui de nous deux remplit le plus utile emploi*, Je marcherai pour vous , vous y verrez pour moi. »