LIVRE I FABLE XXI
Ces trésors cachés, inconnus,
Demeuraient à jamais perdus.
Je les ai découverts , ils sont ma récompense. » Parlant ainsi, l'enfant vers le dattier s'élance, Et jusqu'à son sommet tâche de se hisser.
L'entreprise était périlleuse; L'écorce tantôt nue, et tantôt raboteuse, Lui déchirait les mains ou les faisait glisser. Deux fois il retomba; mais, d'une ardeur nouvelle,
Il recommence de plus belle ,
Et parvient enfin , haletant,
A ces fruits qu'il désirait tant.
11 se jette alors sur les dalles , Se tenant d'une main , de l'autre fourrageant, Et mangeant
Sans choisir les plus délicates.
Tout à coup voila notre enfant
Qui réfléchit et qui descend.
Il court chercher sa bonne mère,
Prend avec lui son jeune frère , Les conduit au dattier. Le cadet incliné,
S'appuyant au Ironc qu'il embrasse.
Présente son dos à l'aîné;
L'autre y monte , et de celte place , Libre de ses deux bras , sans elForts , sans danger. Cueille et jette les fruits ; la mère les ramasse. Puis sur un iin^e blanc prend soin de les ranger. La récolte achevée, et la nappe étant mise ,
Les deux frères tranquillement , Souriant à leur mère au milieu d'eux assise , Viennent au bord de l'eau faire un repas charmant.
De la société ceci nous peint l'image : Je ne connais de biens (juc ceux que l'on partage, Cœurs dignes de sentir le prix de l'amitié,
Retenez cet ancien adage :
Le tout ne vaul pas la moitié.
ri.N DU LIVRE PREMIER.