I.iYRE II, FABLE XVIII
Éteindre son esprit, et s'aveugler soi-même, C'est un autre excès non moins fou.
En Perse il fut jadis deux frères, Adorant le soleil, suivant l'antique loi '.
L'un deux, chancelant dans sa foi,
N'estimant rien que ses chimères.
Prétendait méditer, connaître, approfondir
De son Dieu la sublime essence; Et du matin au soir, afin d'y parvenir. L'œil toujours attaché sur l'astie qu'il encense, H voulait expliquer le secret de ses feux. Le pauvre ph!luso|)he y perdit les deux yeux, E'. dès lors du soleil il nia l'existence.
L'autre était crédule et bigot :
Effrayé du sort de son frère, Il y vit de l'esprit l'abus trop ordinaire. Et mit tous ses efforts à devenir un sot. On vient à bout de tout; le pauvre solitaire ,
Avait peu de chemin à faire :
Il fut content de lui bientôt.
Mais, de peur d'olfenser l'astre qui nous éclaire En portant jusqu'à lui des regards indiscrets,
Il se fit un trou sous la terre, Et condamna ses yeux à ne le voir jamais. Humains, pauvres humains, jouissez des bienfaits D'un Dieu que vainement la raison veut comprendre, Mais que l'on voit partout, mais qui parle à nos cœurs. Sans vouloir deviner ce qu'on ne peut apprendre. Sans rejeter les dons que sa main sait répandre, Employons notre esprit à devenir meilleurs. Nos vertus au Trè.s-ilaut sont le plus digne hommage *,
Et l'homme juste est le seul sage.
1. Swvant e.st ici une préposition dans le sens de selon, conformément à.
2. On voit par ce passuge que Florian , dans un siècle de doute et de relàchemetit, avait au moins conservé lacroyance en Dieu et te goût de l'iioniiëte et du juste.