III. Le Sanglier et les Rossignols
Un homme riche, sot et vain , Qualités qui parfois marchent de compagnie, Croyait pour tous les arts avoir un goût divin. Et pensait que son or lui donnait du génie. Chaque j(ur à sa table on voyait réunis Peintres, sculpteurs, savants, artistes, beaux esprits,
Qui Iji prodiguaient les hommaLi;es, Lui montraient des dessins, lui lisaient des ouvrages, Écoulaient les conseils qu'il daignait leur donner,' Et l'appelaient Mécène ' en mangeant son dîner. Se promenant un soir dans son parc solitaire, Suivi d'un jardinier, homme instruit et de sens,
t. Mécène, ami de l'empereur Auguste , protecteur de Virgile et d'Horace. Ce nom propre est devenu un nom commun qui qualifie ICi bienfaiteurs éclairés des écrivains.
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Il vit un sanglier qui labourait la torre, Comme ils font (juelquefois pour aiguiser leurs dents. Autour du sanglier, les merles, les fauvettes, Surtout les rossignols, voltigeant, s'arrétant, Répétaient à l'envi leurs douces chansonnettes,
Et le suivaient toujours chantant. L'animal écoulait I harmonieux ramage Avec la gravité d'un docte connaisseur, Baissait parfois la hure en signe de faveur. Ou bien, la secouant, refusait son suffrage.
a Qu'est ceci? dit leCnancier:
Comment ! les chantres du bocage Poar leur juge ont choisi cet animal sauvage!
— Ncnni, répond le jardinier :
De la terre par lui fruîchement labourée Sont sortis plusieurs vers, excellente curée
Qui seule attire ces oiseaux ;
Ils ne se tiennent à sa suite
Que pour manger ces vermisseaux ; Et l'imbécile croit que c'est pour son mérite '. »
1. Les Qoanciers, au \viii° siècle, aimaient à rëanir les gens de leUres, qui ifouvaieni chez eux bonne table et bon accueil. Ils ne ressemblaient pas tous au sanglier de Floriaii.