Dieu des richesses
3. Le poète dit presque toujours et il a raison de mettre cette restriction a sa maxime. Tous les riches ne sont pas méchants , ni tous les méchants, riches.
Vil. Le Lièvre , ses Amis et les deux Chevreuils.
Un lièvre de bon caractère Voulait avoir beaucoup d'amis.
Beaucoup! me dircz-vous, c'est une grande affaire; Un seul est rare en ce pays.
64 LIVIIE JH, FAllLE VII.
J'en conviens; mais mon lièvre avait celte marolle*,
Et ne savait pas qu'Aristote* Disait aux jeunes Grecs à son école admis :
« Mes amis, il n'est point d'amis. « Sans cesse il s'occupait d'obliger et de plnire; S'il passait un lapin, d'un air doux el civil , Vile il courait à lui : « Mon cousin , disait- il , J'ai du beau serpolet tout près de ma tanière; De déjeuner chez moi faites-moi la faveur. » S'il voyait un cheval paître dans la campagne, Il allait l'aborder : « Peut-être monseigneur A-t-il besoin de boire; au pied de la montagne
Je connais un lac transparent, Qui n'est jamais ridé par le moindre zéphyre :
Si monseigneur veut, dans l'instant
J'aurai l'honneur de l'y conduire. »
Ainsi , pour tous les animaux.
Cerfs, moutons, coursiers, daims, taureaux, Complaisant, empressé, toujours rempli de zèle, Il voulait de chacun faire un ami fidèle. Et s'en croyait aimé parce qu'il les aimait. Certain jour que , tranquille en son gîte , il dormait , Le bruit du cor l'éveille; il décampe au plus vile :
Quatre chiens s'élancent après;
Un maudit piqueur les excite, Et voilà notre lièvre arpentant les guérels. Il va , tourne, revient, aux mêmes lieux repasse,
Saute , franchit un long espace Pour dévoyer* les chiens; et prompt comme l'éclair,
Gao;ne pays , el puis s'arrête :
Assis, les deux pattes en l'air, L'œil et l'oreille au guet , il élève la tête , Cherchant s'il ne voit point quelqu'un de ses amis.
1 . F.sp6ce de sceptre que tenaient les fous, el qui désigne, dans le sens figure, \es caprices et les manies de l'homme.
2. Ari-tote, philosophe grec, disciple el rival de Platon , précepteur d'Alexandre.