‹ Fables de Florian (volume 4)Chapitre 151 sur 319 · BSTSLLE · texte numérisé non relu

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Vallon diarmanty où notre enfance Goûta ces plaisirs purs et frais Que donne ta simple innocence, Je Yais Yoos quitter pour jamais !

Champs que j*ai dépooillés de fleurs l*our orner le» cheveux d'Kstelle ; Roses qui |MTdi('zauprès d'elle Et votre éclat et vos couleurs; Fleuve dont j'ai vu Peau linipide »

Pour réfl<^lur Sf'S doux attraits.

Suspendre sa course rapide, Je vais vous quitter pour jamais!

Prairie où, dès nos premiers ans.

Nous pariions déjà de tendresse.

Où , hien avant notre jeunesse, Nous passions pour de vieux amants; Beaux arbres où nous allions lire Le nom que toujours j'y traçais, Le seul qu'alors je snsse écrire.

Je vais vous quitter pour jantais!

Ainsi chantait Némorin. Estelle, que son père, sous divers prétextes, retenait à la maison , songeait à son berger, et désirait d'être au lendemain pour le rejoindre. L*aurore paraissait à peine, qu'elle fit sortir ses brebis, et courut éveiller la jeune Rose; Rose sa fidèle amie , la confidente de tous ses secrets; Rose qui, à dix-sept ans, belle , aimable , libre, sensible, n'avait jamais voulu songer ni à l'hymen ni à l'amour, parce que l'amitié d'£s* telle suffisait pour remplir son cœur.

Les deux amies , joignant leurs moutons , descendirent ensemble à la vallée. Aucun troupeau n'y était encore. Bientôt ils arrivèrent tous, et Némorin ne parut pas. Chaque pasteur, chaque bergère le demandait. Estelle seule n*osait se plaindre de son absence ; mais elle regardait sans cesse le chemin par où il avait coutume d'arriver. La journée entière s'écoula sans avoir de nouvelles de Némorin. Estelle, inquiète et affligée , regagna de meilleure heure le village , reconduisit Rose chez elle , et , toute pensive, vint compter ses brebis sur sa pierre accoutumée. En ap-

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prochâoty elle aperçoit des caractères, reconnait la main de son amanty accourt, et lit ces tristes mots :

Adiea, bergère chérie, Adieu, mes seules amours ; Je vais quitter la prairie Où tu venais tous les jours.

Exilé sur Tautre rive.

J'y parlerai de ma foi; Mais, hélas! ma voix plaintive Ne viendra plus jusqu'à toi.

Ne pleure pas, mon amie.

J'ai peu de temps à scuf'frir :

Tout mal cesse avec la vie, £t qui te fuit va mourir.

Estelle, malgré ses larmes, relut plusieurs fois ces adieux. Elle ne pouvait en détacher sa vue ; elle se plaisait à les répéter ; elle approchait ses lèvres des caractères. Forcée enfin de s'arracher de cette pierre , elle rentre dans sa maison , profondément occupée de ce départ , de cet exil , dont elle ne peut pénétrer le motif.

Marguerite , la bonne Marguerite , s*aperçoit du chagrin de sa fille ; elle lui en demande la cause , en la serrant dans ses bras. Estelle, sans lui répondre, la prend par la main, la conduit à la pierre, et fond en larmes en lui montrant les mots tracés. Marguerite partage ses peines ; elle presse Estelle sur son cœur maternel ; elle veut aller à Tinstant s'informer dans tout le village de ce qu'est devenu Némorin ; mais Raimond, qui rentre chez lui, appelle sa femme et sa fille.

Vous n'ignorez pas, dit-il à Marguerite, la parole que j'ai donnée à Maurice. Le temps est venu de l'acquitter. Méril arrive ce soir de Lézan. Vous le connaissez , ma fiHe; vous savez combien ses vertus le font respecter de tout ce canton : préparez-vous à devenir sa femme. Forcé d'aller à Maguelonne pour des affaires d'intérêt , je ne veux partir qu'après ce mariage. Il se fera dans trois jours. Votre mère pourra vous dire que je ne serais pas le maître de vous donner un autre époux , quand même je n'aurais pas si bien choisi.

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RaimoDd , après ces paroles , sorlU pour aller au-devant de Méril. Estelle et sa mère, interdites , attendirent que le vieillard fût loin, pour se jeter dans les bras Tune de l'autre. Marguerite raconte à sa tille le serment fait à Maurice. Estelle pleure, et se tait. Hélas ! s'écrie Marguerite , je sens tout ce que tu souffres , et je ne puis te secourir. Tu m'es plus chère que la vie; mais je mourrais mille fois plutôt que de résister au moindre désir de mon époux. Il est pour moi l'image de Dieu même, ses volontés sont mes lois; et les qualités que j'adore en lui ajoutent encore au respect que sa présence me commande. Pardonne, ma chère Estelle , pardonne-moi ce sentiment que rien ne pourrait altérer. Je saurai pleurer avec toi, sache obéir avec ta mère.

A ces mots elle embrasse Estelle , et toutes deux restent longtemps serrées l'une contre l'autre. Mais elles aperçoivent Raimond, et se hâtent d'essuyer leurs yeux. Le vieillard parait, suivi de Méril : Estelle p&lit à cette vue ; Marguerite s'avance pour la soutenir.

Le jeune laboureur se présente avec plus de franchise que de grâce : sa figure, moins agréable que noble, annonçait ce calme sérieux que donne l'austère vertu. Ses yeux , peu animés , cherchaient Estelle sans l'air de l'empressement.

Voilà votre femme, lut dit Raimond : elle aimera son époux comme elle a toujours aimé ses devoirs. Quant aux vôtres, vous les connaissez , et vous les remplirez, j'en suis sûr, car vous êtes fils de Maurice.

Méril, à ces mots , prend la main d'Estelle, et la regardant avec gravité : Fille de Raimond , lui dit-il , mon cœur est à vous depuis le premier jour où je vins à la fête de votre village. Je m'efforcerai de gagner le vôtre : si l'estime et la confiance ont des droits^ sur une belle âme , j'espère y parvenir un jour.

Estelle rougit sans répondre. Marguerite se liâte de parler, taudis que Raimond fait dresser la table , place Méril auprès d'Estelle , et l'entretient, pendant le souper, de son amitié pour Maurice» du plaisir qu'il trouve à donner sa fille au fils de son ancien ami , et des nombreux troupeaux qu'elle aura pour dot.

A la fin du repas , le vieillard, voulant faire entendre à Méril la charmante voix d'Estelle, lui ordonne de chanter. C'est vainement que Marguerite veut lui épargner ce pénible effort : RaK

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mond répète son ordre; Marguerite se tait, et la triste Estelle commence alors cette chanson que Némorin lui avait apprise :

Que j*alme à Toir les hirondelles, A ma fenêtre tous les ans, Venir m'apporter les nouvelles De l'approche du doux printemps!

Le même nid, me disent-elles , Va revoir les mêmes amours :

Ce n'est qu'à des amants fidèles A vous annoncer les beaux jours.

Lorsque les premières gelées Font tomber les feuilles des bois, Les hirondelles rassemblées S'appellent toutes sur les toits :

Partons, partons, se disent-elles.

Fuyons la neige et les autans :

Point d^hiver pour les cœurs fidèles.

Ils sont toujours dans le printemps.

Si par malheur, dans le voyage.

Victime d'un cruel enfant, Une hirondelle mise en cage Ne peut rejoindre son amant , Vous voyez mourir l'hirondelle D'ennui, de douleur et d^amour, Tançlis que son amant fidèle Près de là meurt le même jour.

Estelle ne put finir sa chanson. Raimond, qui s'en aperçut, ne voulut pas la presser davantage. Il quitte la table; et Méril, plus épris que jamais d'Estelle , embrasse le vieillard, le supplie de hâter son bonheur, et se retire chez son oncle Prosper, qui demeurait à Massane.

Marguerite , dont les yeux maternels n'ont pas quitté les yeux de sa fille ; Marguerite, qui connaît et partage tous ses tourments, invite tendrement Estelle à s'aller livrer au sommeil.

Estelle obéit , vient saluer son père , se jette dans les bras de sa mère, qu'elle presse fortement contre son cœur; et, détournant son visage pour cacher ses larmes, elle se hâte de gagner l'asile où du moins elle pourra pleurer.

SOO ESTSILB.

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