LES BERGERS
Si, pour nous rendre infidèles.
Les beautés de ces hameaux Viennent oonsoler nos maux.
Nous dirons : Vous êtes lieltes ; Mais pour nous , jusqu'au retour , Point de plaisir, point d'amour.
328 BSTELLE.
LES BRRCÈKES.
Si quelque amant de la ville Venait, d*uD air séducteur , Pour surprendre notre ca^ur.
Nous dirons : C'est inutile ; Pour nouSy jusqu'à leur retour.
Point de plaisir, point d'aoMur.
Tel est Tordre de cette fête, que Némorin vit arriver avec ta&t de douleur. Il ne se trouva point au départ : de si Dooibreux témoins auraient gêné ses adieux. Tandis que tous les troupeaux se rassemblaient à la vallée, Estelle et Némorin s'étaient promis de se rendre à la fontaine des Aliziers.
Ils y arrivèrent tous deux bien avant Theure convenue. Rose accompagnait son amie. Dès que Némorin aperçut sa bergère, il courut au-devant d'elle ; Estelle précipita ses pas vers lui. Us s'abordent, veulent se parler, et ne peuvent prononcer une parole ; un poids terrible les oppresse ; ils se regardent en pleurant, se prennent tous deux par la main, et, toujours gardant le silence, ils viennent s'asseoir près de la fontaine. Rose s'arrête derrrière eux*
Il faut donc vous quitter encore 1 s'écria tout à coup le berger; il faut aller souffrir de nouveau les tourments qui m'ont pensé donner la mort ! et c'est vous qui l'avez voulu I c'est vous qui l'avez commandé! Ah ! je vous obéis , Estelle; mais vous apprendrez bientôt ce qu'il m'en aura coûté.
En disant ces mots, Némorin quitte la main de la bergère , et détourne ses yeux pleins de larmes. Estelle fut quelques instants sans répondre. Enfin, d'une voix entrecoupée :
Voilà , dit*elle , comme tu me consoles! voilà comme celui qui possède mon cœur prend soin de le ménager I Ingrat, c'est moi qui demeure, et c'est toi qui oses te plaindre ! c'est toi qui oses comparer ce départ à celui que je ne peux me rappeler sans frémir ! Songe que le moment de ton retour est marqué , que la main d'Estelle t'attend, que rien ne viendra plus troubler...
Ahl pardonne, ma chère Estelle, s'écria le pasteur en reprenant sa main , pardonne au délire de la douleur. Je te quitte, je te quitte; ce mot affreux me prive de ma raison. Les plus tristes pressentiments viennent accabler monàme ;les idées les plus funestes
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me poursuivent; une voix secrète m'avertit que je touche au plus grand des malheurs.... 0 mon amiel ma douce amie! jure>moi de m'aimer toujours : tu me l*as dit mille fois; j'ai besoin dérentendre encore; j'ai besoin que tu me répètes le serment de ne pas m'oublier...
Toublier! interrompt Estelle : eh! regarde où tu me laisses; ici tout est plein de toi, ici je te verrai partout. Cette prairie, cette fontaine , ta maison, celle de ma mère, tout ce qui m'environnera , tout ce qui frappera ma vue , me rappellera Némorin. Je viendrai tous les jours à cette fontaine, et mes larmes baigneront la place où tu es à présent assis. Je passerai devant ta maison ; je rentrerai dans la mienne, et toutes deux seront un désert. Ah ! mon ami, mon bien-aimé, ne crains pas que je foublie; craignons plutôt.... Tes terreurs viennent de passer dans mon âme; j*éprouve, comme toi , d'affreux pressentiments. Hier au soir l'oiseau de la nuit est Tenu sur ma fenêtre ; j'ai entendu ses cris funèbres jusqu'à la naissance du jour. Mon ami, mon doux ami... Ah! ne pars pas; reviens près de ma mère : nos larmes l'apaiseront ; ne pars pas » mon cher Némorin ; reste avec la moitié de toi-même. Dis, mon ami, réponds-moi, réponds-moi : veux-tu ne pas partir?
Rose entendit ces paroles , et se pressa d'arriver. Némorin allait consentir à ce que désirait Estelle. La sage Rose s'y oppose ; elle leur rappelle à tous deux la volonté de Marguerite, les bruits in^ jurieux pour Estelle qu'occasionnerait le retour de Némorin, le respect, l'obéissance qu'ils devaient à leur tendre mère, surtout la peine qu'ils lui causeraient.
Rose parlait, les amants pleuraient; ils cédèrent aux raisons de Rose. Némorin se lève pour partir; mais Estelle le retient : elle lui donne un bracelet de ses cheveux, que le berger mit sur son cœur; puis, pressant ses lèvres sur la main d'Estelle, il prononce adieu, le répète encore X et ne peut se résoudre à se mettre en marche. Estelle aussi répétait adieu, lui disait de partir, et ne retirait pas sa main. Enfin Rose les sépare; et, malgré les pleurs, malgré les cris de Némorin, elle entraine la triste Estelle, qui retournait encore la tète, et s'arrêtait pour lui tendre les bras.
Le berger, immobile , la suivait des yeux. Il no la vit bientôt
plus ; alors , faisant un effort, il s'éloigne de la fontaine, et prend
^ chemjn de Lczan.
aa.
Ce fut près de ce village que Némorin rejoignit son trou|)eau. Il poursuivit sa route vers ÀDduze» gagna les bois de Yalory, et, dirigeant ses pas vers la Mélouze, il arrive , après dix jours» sur les bords du Galaison.
C'était là qu'il devait passer l'été* Son premier soin fut de dierober les p&turages les plus solitaires. Éloigné de tous les autres bergers , occupé de la seule Estelle, il s'enfonçait dans la montagne, il gravissait les rocs escarpés. Impatient devoir finir le jour» il parquait ses moutons bien avant la nuit» et se bâtait de se reti* rer dans sa cabane, espérant arriver plus vite au lendemain.
11 avait déjà vu le soleil se coucber dix-sept fois, lorsqu'un matin, absorbé dans sa triste mélancolie, il se lève avant l'aurore, et va s'asseoir sur une roche écartée.
L'aurore ne teignait point encore Thorizon; les étoiles parsemaient de feux brillants la vaste étendue des deux ; la lune, sur son déclin, réfléchissait dans les ruisseaux sa lumière faible et tremblante ; l'écho lointain des rochers répoudait aux cris monotones des habitantes des marais; toute la contrée était couverte d'un voile sombre; quelques vers luisants, errant çà et là, se distinguaient seuls dans l'obscurité.
Némorin , après avoir longtemps considéré ce calme profond qui augmentait sa tristesse, tourne ses yeux vers l'orient, et chante ces paroles :
Du soleil qui te suit trop lente avant-courrière, Étoile du matin, fais briller la lumière ! Hélas ! pendant la nuit je désire le jour : Mais, dès que ses rayons éclairent la contrée ,
Je ne puis souffrir sa durée
Loin de l'objet de mon amour.
Tout est calme, tout dort dans ces tristes montagnes : Les fidèles béliers sont près de leurs compagnes. D'elles, de leurs agneaux, caressés tour à tour; L« ramier dans son nid paisiblement sommeille :
Moi seul je gémis et je veille.
Loin de l'objet de mon amour.
Hé quoi! sâr d'être aimé, certain d*unir ma vie \u digne et tendre objet dont mon âme est ravie.