LIVRE VI
res soDt calculées; mais ii était important d'envoyer celle nuit même au gouverneur de la ville , afin qu'il préparât une sorlie qui devait assurer la victoire. Hilaric, blessé, ne pouvait plus retourner à Nimes. Il fallait qu'un autre envoyé fit , avant le jour, douze lieues , et pût échapper aux gardes ennemies. L'entreprise était périlleuse, Némorin se présente.
Gaston l'embrasse, et kii remet une lettre pour Tallcyrand. Uu dore ne veut point quitter son ami; tous deux s'arment d'une lance , et se mettent en marche aussitôt.
Animés par tous les motifs qui ont du pouvoir sur les âme« ardentes , les deux amis franchissent en six heures le long espace qu'ils ont à parcourir. Le premier crépuscule ne paraissait point encore , qu'ils étaient près du camp espagnol. Pour l'éviter ils prennent un circuit, et vont gagner le côté de la ville qu'ils croient le moins gardé.
Mais le prudent Mendoze , qui craignait d'être surpris par Gaston , avait couvert tout le pays de grand'gardes. Les malheureux bergers s'avançaient derrière une longue haie qui leur dérobait la vue d'un poste des ennemis. Tout à coup ils sont vis-àvis le poste, et se voient enveloppés par huit soldats , qui leur crient de se rendre. Isidore perce de sa lance le premier qui s'of^ fre à ses coups ; Isidore tombe noyé dans son sang. Némorin veut le défendre, il reçoit une large blessure ; et tandis qu'il s'efforçait de relever son compagnon, on se jette sur lui, on le désarme.
Ami , lui dit Isidore , félicite-moi : je meurs ; }e vais rejoindre Adélaïde. Mon seul regret est de te laisser dans le péril qui te menace; ma seule peine... Il ne peut achever, il expire. Les Espagnols entraînent Némorin, qui demande à être conduit au gé« néral.
Arrivé devant Mendoze , environné de toutes parts , il tire la lettre de Gaston ; et regardant l'Espagnol avec respect et courage ; Seigneur, dit-il , j'ai juré de souffrir la mort plutôt que de vous livrer ce billet. Ouvrez donc mon sein pour le lire.
En prononçant ces mots il déchire la lettre , et en avale les mor« oeaux.
Aussitôt un cri général se fait entendre , et mille glaives sont levés sur Némorin. Mendoze les écarte tous.
Arrêtez, s'écria-t-il , arrêtez, braves Castillans 1 respectez unebelle action que vous auriez faite sans doute. Le courage èanu défense fut toujours sacré pour les Espagnols. Et toi-, jeune et vaillant soldat, retourne vers celui qui t'envoie; dis-lui que ma vigilance a dû te fermer le chemin de Nimes, mais que, sans daigner être inquiet de ses desseins mystérieux, Mendoze lui propose un moyen de délivrer la ville assiégée. Qu'en présence de nos deux armées il entre dans la lice avec moi seul. S'Q est vainqueur, le siège sera levé; je lui en donne ma foi : s'il est vaincu, je lui demande sa parole que la ville me sera rendue.
Après ces mots , il fait panser la blessure de Némorin , et commande une escorte pour le reconduire.
Némorin , pénétré d'admiration pour Mendoze , piais désolé d'avoir manqué son entreprise, et surtout de la perte de son ami, demande au général espagnol qu'on rende au moins à Isidore les honneurs de la sépulture. Après avoir obtenu ce triste bienfait, il se hâte de quitter le camp, et rejoint bientôt Gaston, qui s'avançait d'un pas rapide. , xr- *
n'arrive, étend son armée dans la belle plame de Vistre , envoie déclarer à Mendoze qu'il accepte ses conditions , et demande le jour du combat, l'heure, les armes, le lieu. L'Espagnol lui répond : Demain, aux premiers rayons du soleil , avec Tépée et le poignard, en présence des deux armées. La barrière aussitôt se dresse ; les deux guerriers se préparent , les deux camps adressent des vœux au ciel. ' ^ , xi-
Dès que l'aurore ouvre l'orient , on voit les remparts de Nh mes bordés de soldats. Le sommet des arènes, le faite des tempies et des maisons , se couvrent d'une multitude de peuple. Les lancés espagnoles brillent sur le sommet de la tour Magne Différents postes français ou castiflans occupent le haut des colUnes ; et les montagnes lointaines sont garnies des habitants de la contrée , qui lèvent les mains au ciel , en l'implorant pour leur def en-
seur.
A l'heure marquée , les Espagnols sortent de leur camp. Couverts de brillantes cuirasses qui réfléchissent les feux du soleil , Us marchent en ordre dans la plaine, et déploient avec lenteur leurs baUiUons hérissés de dards. Un profond silence règne parmi eux. Immobiles à leur place, occupés seulement d'obéir, ils ne regar-
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dent que leurs chefs. La valeur et Torgueil se peignent sur leurs visages basanés ; une gravité noble et farouche tempère leur ardeur guerrière.
Les Français quittent leurs tentes. Leurs légers bataillons cou* rcnt se ranger vis-à-vis des ennemis. Chefs , soldats sont confondus ; régalilé de courage , la franchise , la gaielé nationale , les rendent tous compagnons. Appuyés négligemment sur leurs lances , ils semblent assister à des jeux. Sans haine comme sans crainte, ils sourient à leurs ennemis, les avertissent que Gaston est redoutable, et semblent plaindre Mendose d'avoir provoqué ce jeune héros. Les Castillans frémissent; les Français rient, et chantent cette chanson :
Gaston, le sort de la patrie Est remis à votre valeur ; Songez à votre douce amie En entrant au champ de Thonnenr.
11 est une triple alliance Qui TOUS garantit le succès :
On vit toujours d'intelligence L'amour, la gloire , et les Français.
Qu*un ennemi, qu*one coquette , Tous deux dès longtemps aguerris.
Veuillent retarder la conquête De leur cœur ou de leur pays ; Inutile est leur résistance :
Tons deux conviennent , à la paix , Qu'on vit toujours d'intelligence L'amour , la gloire , et les Français.
La l>elle qui n'est plus sévère Dès ce moment règne sur nous; L'ennemi qui cesse la guerre Mous trouve généreux et doux.
Ceux qu'a vaincus notre puissance Éprouvent tous, par nos bienfaits.
Qu'on vit toujours d'intelligence L'amour , la gloire , et les Français.
Mais bientôt Mendoze parait sur un coursier d'Andalousie , qui , retenu par la main de son maître, fait voler au loin l'écume
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dont il blaDchit son frein doré. Les pierreries brillent sur ses armes, un panache rouge ombrage sou casque, une écbarpe de même couleur soutient son glaive étincelant. Il s'avance au pas , d'un air fier, se fait ouvrir la barrière » laisse son coursier à l'entrée , se promène en attendant Gaston.
Ce prince accourait au galop. Des plumes blanches flottent sur sa tête ; son armure d'acier poli a plus d'éclat que le diamant. Sur son bouclier l'on voit un chiffre amoureux : ce même chiffre est brodé sur son écbarpe éblouissante, Prompt comme l'éclair, il vole , arrive , s'élance à terre , salue Mendotze , et demande le signal.
Les trompettes sonnent : les deux ennemis , l'épée d'une main, le poignard de l'autre, s'attaquent avec fureur.
Gaston , plus impétueux que son vaillant adversaire , lui porte dans le même instant quatre coups de pointe, qui sont tous parés. Mendoze, à son tour, presse Gaston, lui présente l'épée au visage; et la rabaissant vivement par dessus le fer de son ennemi, il atteint son flanc : le sang coule.
A celte vue, les Français pâlissent, les Espagnols jettent un cri de joie. Mais l'adroit Gaston , au moment où il est frappé, détourne son corps , rend par ce mouvement sa blessure peu profonde ; et , déployant son bras gauche , il porte un coup de poignard à la gorge de son ennemi. Le poignard se brise dans la cotte de mailles ; le sang de Mendoze n'en rougit pas moins ses armes , et les Français , à leur tour, répondent aux cris des Castillans.
Gaston n'a plus que son épée. Mendoze s'en aperçoit , et jette aussitôt son poignard : Prince, dit-il, point d'avantage: que nos armes soient égales , aussi bien que notre valeur.
En disant ces mots, il attaque Gaston, et lui porte un coup sur la tête , qui fait chanceler le héros. Gaston recule , s'élance de côté, et, réunissant toutes ses forces, il fait tomber sa tranchante épée sur le casque de l'Espagnol. Le casque brisé roule sur la poussière : Mendoze lui-même va toucher la terre de sa main gauche ; mais il se relève plus terrible. Arrêtez , lui crie Gaston , le péril ne serait plus égal !
Il dit, détache son casque, le jette, et continue le combat.
Les deux armées , saisies d'admiration , treii]l)laient toutes deui
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pour leurs vaillants ohefs. Leurs tètes n'étaient plus couvertes que par leur épée , et leurs coups multipliés glaçaient de terreur les plus braves» quand tout à coup on voit arriver un courrier qui s'avance vers la barrière de toute la vitesse de son cheval , et crie aux deux héros de s'airrèter.
A ces cris , à ceux des armées , Mendoze et Gaston , surpris , interrompent leur combat. Le courrier, au nom du roi de France, se fait ouvrir la barrièpe , et va remettre à Gaston une lettre de Louis. Le prince, après Tavoir lue, jette son épée :
Plus de guerre ! s'écrie-t-il ; nos deux monarques cessent d'être ennemis. Germaine, ma sœur, épouse votre maître, et devient le garant d'une paix durable entre Louis et Ferdinand. C'est à moi surtout que cette paix est chère, puisque je préfère l'amitié de Meudoze à la gloire même de lui résister.
Il dit. Le héros espagnol , touché de tant de courtoisie , veut baiser avec respect la main du frère de sa reine. Gaston l'embrasse ; et ces deux guerriers sortent de la lice pour aller déclarer là paix.
Cette heureuse nouvelle est bientôt répandue. Mille cris de joie s'élèvent jusqu'aux deux. Les portes de la ville s'ouvrent ; les habitants viennent offrir leurs maisons aux Français , aux Espagnols. Les deux généraux, se tenant par la main, à la tête des deux armées confondues, entrent ensemble dans Nimes, au milieu des acclamations. Tous deux sont conduits chez Talleyrand , où leurs blessures sont pansées. Leurs soldats sont distribués chez les citoyens, et la discipline la plus austère empêche qu'aucun désordre ne trouble ce jour d'allégresse.
Némorin , seul infortuné au milieu de tant d'heureux, n'avait pas quitté Gaston. Dès que ce prince fut retiré dans son palais, le triste Némorin va parcourir la ville, désirant et craignant de rencontrer Estelle. Il n'ose s'informer d'elle, il tremble de prononcer son nom ; mais il demande à tous ceux qu'il voit s'ils ne connaissent point Marguerite. On l'écoute à peine , on ne lui répond point : soldats, citoyens , étrangers , ne sont occupés que de la joie publique.
Le berger employa tout le jour à son inutile recherche. Le soir il errait encore dans la ville, lorsque, passant auprès de l'antique temple de Diane» il se trouve tout à coup au milieu d'un cimetière,
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où plusieurs fosses récentes. rappelaient les malheurs du siège. Némorin s'arrête dans ce lieu foneste : il s'assied sur une vieille tombe; et!à, les yeux fixés sur celte terre, seul asile où les malheureux soient en paix, environné des ombres de la nuit, entouré d'images Tunèbres , Némorin écoute en silence les cris d'un hibou solitaire, posé près de lui sur une croix de fer. Il éprouve un charme secret à se livrer tout entier à sa profonde tristesse ; mais il entend à quelques pas des soupirs et des gémis- .sements. Le berger écoute , lève les yeux, et distingue à travers les ténèbres une femme en habit de deuil , à genoux sur une fosse , les mains jointes , la tète couverte d'un crêpe. Némorin s'avance vers elle ; il l'entend prononcer ces paroles :
0 toi qui possédas de mon cœur tout ce qu'il pouvait t*acoorder, toi qui voulus me rendre heureuse, et dont je n'ai pas fait le bon* heur, pardonne, mon digne époux, pardonne-moi de m'étre toujours dérobée à ton chaste amour, d'avoir accepté le sacrifice de tes pudiques désirs. Je l'ai dû; je n'étais pas digne de toi. Ta méritais une épouse dont le cœur t'appartint tout entier ; e( le mien ne put jamais éteindre la première flamme dont il a brûlé. Ah ! du moins si de ta céleste demeure tu lis dans le fond de mon àme, tu ne peux pas douter, mon époux, de la sincérité de mes regrets. Les larmes amères qui baignent ta tombe doivent te prouver que mon respect et mon amitié pour toi m'étaient aussi chers que mon premier amour.
A ces paroles, à ce son de voix, Némorin croit faire un songe : immobile, hors de lui, il écoute longtemps avant d'être certain que c'est Estelle. Lorsqu'il n'en peut plus douter, il s'élance vers la bergère, tombe à ses pieds , et s'écrie avec des sanglots : Est-ce vous qui m'êtes rendue? Est-ce bien vous dont Némorin embrasse enfin les genoux?
Estelle, d'abord effrayée, reconnaît bientôt le pasteur; mais, sans lui laisser le temps de poursuivre : Vous êtes , dit-elle d'une voix sévère , sur la tombe de Méril , et vous parlez à sa veuve ! Elle ne doit ni ne veut vous entendre.
Elle fuit en disant ces mots. Némorin, pénétré de crainte, demeure à genoux sur cette tombe , la bouche ouverte et les bras tendus.
Cependant le désir de connsdtre la demeure d'Estelle le fait re-
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▼enîr à lui ; il se lèvf , court sur ses pas , et la voit entrer dans une maison de peu d*apparence, que le berger examine longtemps. Enfin, le cœur plein de trouble , u*osant encore se livrer à Tespoir, il revient au palais de Gaston tout raconter à son protecteur.
Le prince consola le berger. Il fit plus ; il prit des mesures pour assurer le bonheur d'Estelle et de Némorin.
Déjà ses ordres sont donnés pour que les habitants de Kimes se rassemblent dans les arènes. Gaston prend soin secrètement que le vieux Raimond s'y trouve avec eux. Le prince, suivi de ses officierset de Némorin, se présente aumilieu de ce peuple sensible , qui fait éclater ses transports en voyant son libérateur. ^Citoyens, leur dit-il, j'ai combattu pour vous ; mais c'est le meilleur des rois qui vous délivre : c'est lui qui vous donne la paix. Vous devez tout à Louis, rien à Gaston. Prions ensemble le ciel de nous conserver longtemps le père du peuple.
J'implore cependant votre reconnaissance pour un de vos com« patriotes qui , chargé par moi de vous instruire du jour de mon arrivée , fut pris par les Espagnols , et voulut souffrir la mort plutôt que de livrer la lettre que je votis adressais. Le voici ce vertueux soldat , ajouta-t-il en montrant Némorin : il n'est qu'un seul prix digne de son cœur; c'est à toi, Raimond, que je le demande. Némorin adore ta fille ; la mort glorieuse de Méril la laisse maîtresse de sa foi : acquitte donc ta patrie, en donnant Estelle à son digne amant. Gaston de Foix t'en supplie : Gaston ne veut rien commander; mais il vous sollicite tous de vous unir à lui pour fléchir Raimond.
Il dit : le peuple s'écrie. Raimond va se jeter aux pieds du prince; Némorin y était déjà. Le héros les relève , ot les fait embrasser.
Me pardonnez-vous ma félicité? dit le pasteur au vieillard avec une voix tremblante. Ma fille est à toi , répond celui-ci : mais tu consentiras sans doute que cet hymen soit retardé... Jusqu'au moment, interrompit Némorin , que l'ancien ami de Méril daignera fixer lui-même.
Alors il lui demanda sa bénédiction. Raimond la lui donne. Toute l'assemblée applaudit , et Gaston la congédie en ces termes :
Je vous quitte, citoyens, pour aller réparer tes maux de la guerre.
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pour aller porter des secoure dans les villages détruits. NémoriD, vous me seconderez; je vous charge de distribuer mes trésorsaox habitants de Massane. Allez rebâtir leurs maisonsy rendez-leur de nouveaux troupeaux ; soulagez , secourez tous les malheureux, et ne craignez pas d'épuiser mes biens : je ne suis riche que lorsque je donne.
A ces mots le héros se retire pour se dérober aux transports de la reconnaissance et de Tamour. Il va rejoindre Mendoze, et part avec ce guerrier, qui doit remettre dans ses mains les places prises pendant la guerre.
O quelle fut la joie de Eose et de Marguerite quand elles virent arriver Némorin , conduit par Raimondl Estelle fut près de s'évanouir au récit de tout ce qui s*était passé. Sa rougeur et son àlence furent sa seule réponse. Némorin, respectant ses habits de deuil , ne prononça pas un seul mot qui pût déplaire à sa bergère. Intimidé par son bonheur même, à peine osait-il regarder Estelle ; à peine semblait-il se souvenir qu'il eût été jamais aimé. C'était à Rose qu'il en parlait ; c'était de la seule Rose qu'il avait l'air d'être Tamant.
Dès le lendemain ils quittèrent Nimes, et emmenèrent avec eux Hilaric. Bientêt ils arrivèrent à Massane. Depuis œ moment Némorin ne fut occupé que de répandre les bienfaits de Gaston. II rebâtit les chaumières, fit ensemencer les terres, rappela les cultivateurs ; et, pour que les jours s'écoulassent plus vite , il les employa tous à faire du bien.
Enfin la longue année du deuil finit, et l'heureux Némoriode^ vint répoux d'Estelle. Rose les conduisit à l'autel; Rose pouvait à peine contenir ses transports. Elle arrêtait, elle appelait tous ceux qu'elle trouvait sur son passage, pour leur faire admirer Estelle, pour leur parler de ses vertus, de ses chagrins passés, de son bonheur présent. De douces larmes coulaient sur ses joues; et lorsque la tendre Estelle prononça le serment si doux d'aimer tou* jours Némorin, malgré la sainteté du lieu. Rose ne put contenir un cride joie,et s'élança au cou de son amie.
Dès ce même jour. Rose s'établit dans la maison d'Estelle. Marguerite et Raimond , toujours chéris, toujours respectés de cette aimable famille, coulèrent au milieu d'eux une vieillesse longue et paisible. La paix , l'amitié, l'amour, furent l'héritage qu'ils laissé-
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rent à leurs enfants, dont la postérité subsiste encore dans le beau pays où j'ai pris naissance.
Heureuse patrie , d*où la fortune m*a exilé , et qui n'en es pas moins chère à mon cœur, je t'aurai du .moins célébrée ! Je faurai consacré les derniers accents de ma flûte champêtre ! Oui, j'en jure par ton nom chéri, je dis un éternel adieu à la muse pastorale. Je ne veux point que d'autres airs profanent le chalumeau sur lequel j'ai chanté mon pays. Eh I quel sujet pourrait me plaire, à présent que j''ai dépeint ces campagnes si riantes , où les beautés de la nature m'ont ému pour la première fois? Beaux vallons, fortunés rivages, où« jeune encore , j'allais cueillir des fleurs ; beaux arbres que mon aïeul planta, et dont la télé touchait les nues, lorsque, courbé sur son bâton, il me les faisait admirer; ruisseaux limpides qui arrosez les prairies de Florian , et que je franchissais dans mon enfance avec tant de peine et tant de plaisir, je ne vous verrai plus. Je vieillirai tristement éloigné du lieu de ma naissance , du lieu où reposent mes pères; et si je parviens à un âge avancé, le beau soleil de mon pays ne ranimera pas ma faiblesse. Ah ! que ne puis-je au moins espérer que ma dépouille mortelle sera portée dans le vallon où, enfant, j'ai vu bondir nos agneaux ! Que ne puis-je être certain de reposer sous le grand alizier où les bergères du village se rassemblent pour danser ! Je voudrais que leurs mains pieuses vinssent arroser le gazon qui couvrirait mon tombeau ; que l'amant et la maîtresse le choisisseiit toujours pour siège ; que les enfants, après leurs jeux, y jetassent leurs bouquets effeuillés ; je voudrais cnfln que les bergers de la contrée fussent quelquefois attendris en y lisant cette inscription :
Dans cette demeure tranquille Repose notre lion ami :
Il vécut toujours à la ville, Mais son cœur Tut toujours ici.
FIN d'estelle.
FLOaUN. 3f
(1) Le Languedoc, ou i'OcciUiiie, Tune des plus belles et des plus Tastes provinces de Frauce , était ancienuement iiabité par des peuples nommés Volces. Ils furent conquis par les Romains, sous le consulat de Quintus Fabius Maximus, Tan de Rome 634. Ce pays fut alors appelé la province romaine; et depuis, quand toutes les Gaules eurent été soumises par César, le Languedoc prit le nom de Gaule narbonnaise ou transalpine. Les Romains, toujours attentifs à s*attacher par leurs arts les peuples vaincus par leurs armes, envoyèrent des colonies en Languedoc. Ils y fartèrent leur reUgion, leur langue, leurs mœurs : ils y bâtirent des villes nouvelles, rétablirent les anciennes, et prirent soin de les embellir de cirques, de temples, de chefs-d'œuvre d*arcliitecture , tels que les arènes, la maison carrée de Nîmes, le pont du Gard, et plusieurs antres noonuroents que Ton admire encore. Attirées par la beauté du climat, les familles des vainqueurs vinrent en foule s'établir dans la Narbonnaise; ei les vaincus, à leur tour, allèrent cherdier les honneurs à Rome, où , dès le temps de Cicéron p ils étaient admis en grand nombre dans le sénat.
TanUU heureuse, tant6t opprimée, suivant que le trdne du monde éuit occupé par un bon prince ou par un monstre , la Narbonnaise souffrit ou profita des révolutions de l'empire. l:!;lle devint chrétienne sous Commode , vers l'an 180 de notre ère, et presque aussitôt béré* tique. Lorsque les successeurs de Tiiéodose, plus occupés de confondre les ariens que de repousser les barbares, eurent laissé démembrer l'empire, la province, après avoir été ravagée par les Vandales, les Alains, les Suisses, les Allemands, tomba au pouvoir des Visigotlis, qui choisirent Toulouse pour leur ville capitale, vers Tan 418.
Plus florissante sous leur gouvernement que sous celui des empereurs, la Narbonnaise prit bientôt après le nom de Septimanie, ou d'Kspagne citérieure. Malgré les victoires de Clovis, malgré des guerres continuelles avec les Français , elle obéit environ trois cents ans aux rois vi>igotlis établis dans TEspagne ultérieure. Les Arabes maures, vainqueurs de ces rois et conquérants de l'Espagne, s'emparèrent de la Septimanie vers l'an 720, et ne la gardèrent pas long-
NOTES. :t63
temps : yaincus à leur tour a la fameuse bataille de Poitiers, iU repassèrent les Pyrénées ; et le ftls de Charles Martel, Pépin le Bref, qui occupa le trône de France, se rendit mattre de la Septimanit Tan 759, non par droit de conquête, mais par un traité.
Sous les faibles successeurs de Charlemagne , la malheureuse Septimanie, ravagée tour à tour par les Sarrasins, par les Normands, par les Hongrois, eut des ducs et des marquis, moins occupés de soulager ses maux que de se rendre indépendants des rois de France. Alors, vers l'an 850, commencèrent les Raimond, comtes de Toulouse, qui, de simples gouverneurs sous les premiers rois de la seconde race, parvinrent à posséder tonte la province à titre de souveraineté. Plusieurs de ces Raimond furent dignes de leur fortune : mais le plus illustre fut Raimond de Saint Gilles, quatrième du nom^ qui , après avoir rendu de grands services à Alphonse IV, roi de Gastille,dans ses guerres contre les Maures, en obtint pour récompense fit fille ËlTire,et partit pourla terre sainte en 1096, à la tête de cent mille làommes. Tous les historiens orientaux parlent plus de ce Raimond é% Saint-Gilles que de Godefroi et d'aucun autre. Après la prise de Jénisalem, des chrétiens offrirent la couronne à Raimond, qui la refusa. Godefroi fut élu , et se brouilla bientôt avec Raimond. Celui-ci ne l'en aida pas moins à gagner la fameuse bataille d'Ascalon , et, seul avec quatre cents de ses chevaliers, alla soumettre plusieurs villes , dont il se fît une principauté. Il bâtit une forteresse nommée le Mont- Pèlerin, où il établit sa demeure. C'est là qu'il mourut en 1 105, après dix ans environ de combats et de victoires dans la Palestine.
Ses deux fils Alphonse et Bertrand , qui lui succédèrent l'un après l'autre, suivirent les traces de leur père, et abandonnèrentleurs États d'Europe pour aller combattre et mourir en Asie. Ces braves croisés étaient loin de prévoir sans doute que, trente ans après , le pape Innocent III publierait une croisade contre leur petit-fils Raimond VI ; que le barbare Simon de Montfort, chef de cette croisade, égorgerait, pillerait, brûlerait les malheureux Languedociens sous ce môme étendard de la croix planté jadis par Raimond IV sur la tour de David ; que l'infortuné Raimond VI, pour n'avoir pas voulu exterminer ses sujets, serait excommunié, poursuivi, battu publiquement de verges par un légat, forcé de se croiser avec ses ennemis pour les aider à dévaster ses domaines, chassé de sa capitale avec son f^s, et dépouillé de ses possessions , pour les voir passer au bourreau de ses sujets. Mais, au milieu de tant d'adversités , Raimond VI fit voir un eourage, une patience, une s^esse à toute épreuve. Cédant à Torage
quand il était Bans ressource , reprenant les arnaes dès qu'il troiiyait des soldats, soumis à TÉgUse» fier avec les brigands qui abusaient d'un nom sacré, il reprit Toulouse, recouvra presque tous ses domaines, et mourut chargé d'ans , de malheurs et de gloire.
Son fils Raimond VU ay^it aidé son père à recouvrer ses États. H sut les défendre contre Amaury de Rlontforl, et contre Louis VIII, roi de France, à qui Montfoit avait vendu ce qu'il oe pouTait plus conserver. L'inquisition, établie dans la province dès Tan 1204, y fut fixée par le concile de Toulouse en 1229. El!e devint um source de nouvelles calamités. Les inquisiteurs abusèrent tellemenf de leur pouvoir, que Grégoire IX fut obligé de les suspendre de leurs fonctions. Bientôt après , ayant été rétablis , les bûchers se rallumèrent, et les inquisiteurs furent massacrés. Leur mort valut à Raimond de nouveaux ennemis. 11 sut conjurer Forage, et, réconcilié avec le pape » avec le roi saint Louis , il mourut pleuré de ses peuples, qu'il aurait rendus plus heureux sans ses guerres continuelles, et surtout sans Tinquisllion.
Raimond VU ne laissa qu'une fille, nommée Jeanne , qui avait épousé Alphonse^ comte de Poitiers, frère de saint Louis. A la mort de son. père y Jeanne, son unique héritière, porta sa souveraineté dans la maison de France. Alphonse et Jeanne étant morts sans enfants à trois jours l'un de l'autre, le roi Philippe le Hardi, neveu d'Alphonse, vint à Toulouse en 1271, prendre possession de cette belle province, qui depuis a toujours été inviolablement attachée à la coiiroone de France.
Tel est le précis très-abrégé de l'histoire politique du Languedoc. Quant à ses productions, elles sont partout abondantes et variées. Le haut Languedoc est couvert des plus belles moissons de blé : le bas , moins fertile en grains , produit les excellents vins de Frontignan, de Lunef, de Saint-Perny, de Saint-Gilles, de Cornas,, etc. On y cultive les oliviers avec autant de succès qu'en Provence. Les troupeaux qui paissent sur les Gévennes, et la quantité prodigieuse && mûriers , sont les principales ricliesses du pays. L'Ariége, le Cèze, le Gardon, le Tarn, roulent des paillettes d'or ; ce qui prouve que les mouta^^nes renfeiment des mines de ce métal. Dans plusieurs cantons on trouve des minés dé fer, de plomb , d'étain , de cuivre, de jais, de vitriol, de bitume, d'antimoine , de soufre , de charbon de terre. Les carrières de marbre y sont communes ; celles de Cosnes, au diocèse de Narbonne, fournissent en abondance ce beau marbre veiné qui porte le nom de la provitice. Près de Castres, et dans d'autres eik-
droits, on trouve des turquoises qui ne le cè<ient pointàcelles d*Orienf . Les eaux minérales y sont très- communes. Les plus célèbres sont celles de Val», de Lodève , d'Alais, de Servan, de Ealaruc, de Tendres , et une infinité d'autres. Les plantes médicinales y abondent : dans les seuls environs de Montpellier on en compte pins de trois mille espèces, et les montagnes des Cévennes en offrent bien davantage.
Cette province fut la patrie de plusieurs grands hommes, parmi lesquels, sans compter les Antonin, originaires de Nîmes, les Raitnond, dont on a parlé, on peut citer Jacques I, roi d'Aragon, qui naquit à Montpellier le l*"* février 1208. Il était fils de Marie de Montpellier, héritière de cette seigneurie , et de ce brave Pierre II , roi d'Aragon, tué à la bataille de Muret en défendant son allié, sou beau-frère, Raimond VI, contre l'usurpateur Simon de Montfort. Jacques fut digne de son père. Soixante ans de victoires contre les Maures lui valurent le surnom de Conquérant, titre véritablement glorieux pour lui , puisqu'il ne l'acquit qu'en délivrant sa patrie des usurpateurs qui l'avaient opprimée. En triomphant de ses ennemis , il sut rendre ses sujets heureux. Il cultiva les arts, les lettres, et nous a laissé des mémoires précieux de sa vie.
Gui Fulcodi, pape sous le nom de Clément IV, était de Saint-Gilles, fils d'un jurisconsulte estimé. Gui suivit d'abord le parti des armes , épousa une jeune demoiselle qu'il aimait, et en eut plusieurs enfants. 11 étudia le droit , et s*acquit en peu de temps une grande célébrité. Raimond VII, son souverain ; Alphonse, comte de Poitiers et de Toulouse; saint Louis, roi de France, etle roi d'Aragon, l'employèrent dans les affaires les plus délicates. Il perdit sa femme , et se fit ecclésiastique. Il fut bientOrt évéquedu Puy, archevêque deNarbonne, cardinal , et pape :
Sa nouvelle dignité ne lui donna point d*orgueil. Voici une lettre qu'il écrivait à Pierre de Samt>Gilles , son neveu , après son exaltation:
a L'honneur passager dont je suis revêtu , bien loin d'enorgueillir « mes parents ou moi , doit nous rendre plus modestes. Ne cherchez « pas, à cause de moi, uue alliance plus considérable pour votre sœur. « Qu'elle épouse le fils d'un simple chevalier : dans ce cas , je vous « promets pour elle trois cents livres tournois de dot. Si elle aspire à •I quelque parti plus élevé , je ne donnerai rien du tout. Dites à mu?, « chères filles Mabilie et Cécilie que mon intention est qu'elles aient «I les mêmes é|X)ux qu'elles auraient eus si j'étais resté simple clerc.
« £lle8 fiont filles de Gui Falcodi> dod du pape : tout mon cœur est « à elles, mais ma dignité ne leur est rien , etc. »
Clément conserva une tendre affection pour le Languedoc sa patrie^ et pour ses anciens amis. Il aima les lettres; il a laissé quelques écrits et la mémoire d'un pontife irréprochable.
Le fiimeux Gaston de Foix , qui gagna la bataille de Ravenne , et mourut à Tîngt-trois ans avec la réputation du plus grand capitaine de son siècle, était né à Mazères, dans le diocèse de Mirepoix , le 10 décembre 1489, de Jean Y, comte de Foix, et de Madeleine de France, sœur de Louis XII. Gaston était vicomte de Narbonne, et prenait le titre de roi de Navarre. Ses victoires, sa jeunesse, ses talents extraordinaires, et surtout ses qualités aimables, le rendirent Pidole des peuples etdes soldais. Louis XII disait de lui : «Gaston est mon ouvrage; c'est moi qui l'ai élevé , et qui l'ai formé aux vertus que nous admirons tous en lui. » Ce héros mourut sur ses lauriers à Ravenne , et celle mort entraîna la perte de rilalie.
On croit pouvoir placer, avec les héros qu'a produits la province , Constance Cézelli, femme de Barri, gouverneur de Leucate, petite ville du bas Languedoc. Pendant la guerre de la Ligue , Barri fut pris par les ligueurs. Constance était alors à Montpellier, sa patrie. Instruite du malheur arrivé à son époux, elle court s*embarquer à Maguelonne, se rend à Leucate, ranime le courage delà garnison , et prépare la plus vigoureuse défense. Les ligueurs et les Espagnols l'attaquent ; Constance rend tous leurs efforts inutiles. Les l&clies assiégeants, irrités d^me résistance qu'ils devaient admirer, fout dresser un gibet , et menacent l'héroïne d*7 attacher son époux , si elle ne rend pas sa ville. Constance , dans cette horrible alternative, offrit tous ses biens, et sa personne même , pour la rançon de son mari. « Ma fortune , ma vie, sont à moi, dit*elie ; je les donne volontiara « pour mon époux ; mais ma ville est au rot, et mon honneur à Dieu : « je dois les conserver jusqu'au dernier soupir. » Les assiégeants eurent l'atrocité de faire pendre son mari , et lui envoyèrent son corps» La garnison de Leucate pria sa généreuse commandante de lui lÎYrer im prisonnier de distinction que le duc de Montmorency avait enfvoyé pour en faire de justes représailles. Constance leur refusa ce prisonnier, et se vengea plus noblement des ennemis en les forçant de teirer le siège. Henri IV , par reconnaissance, fit Constance gouverneur de Leucate jusqu'à la majorité de son fils Hercule. Cette action horrible et sublime se passa en 1590.
Jean du Caviar, de Saint Bonnet de Toiras, né en Languedoc en
U8d, maréchal de France sous Louis XIll, dit regardé comme un des mdUeurs capitaines de son temps. Après avoir rendu de grands ser- TiœSy il mourut dans la disgrâce, parce qu*il avait déplu au cardinal de Richelieu.
Le chevalier d'Assas, le Décius français, était des environs du Vi>^ gan , petite ville des Cévennes. Tout le monde connaît son dévouement héroïque, lorsqu'à Clostercamp, en 1760, posté près d'un boiSy^endant la nuit, avec un détachement du brave régiment d*Au* vergne, il entra seul dans ce bois pour le fouiller, et se vit tout à coup environné d'une troupe d'ennemis. Ceux-ci, lui appuyant leurs baïonnettes sur la poitrine , le menacent de la mort s'il dit un seul mot. De ce mot dépendait la surprise de son poste, et vraisemblablement de l'armée. D'Assas n'hésite pas, il crie : A moi, Auvergne ! ce sont les ennemis ! et il tombe percé de coups.
Le roi Louis XVI a consacré la mémoire de cette sublime action , en créant une pension héréditaire dans la maison d'Assas jusqu'à Tevtinction des mâles.
Ou aurait à consigner ici une foule de noms de la province , si ou voulait (aire la liste de tous les bons officiers qu'elle a produits, et qui servent encore avec honneur dans ces vieux régiments, plus connus des ennemis que des citoyens de la capitale.
. Indépendamment de ces guerriers, le Languedoc a produit beaucoup de magistrats célèbres qu'il serait trop long de nommer Ici. Le Ta* meux Nogaret, qui servit Philippe le Bel avec tant de zèle dans les démêlés de ce roi avec le pape Boniface YIII, était né à Saint Félix de Caramau , dans le diocèse de Toulouse. Il s'appliqua, dès sa jeunesse , à l'étude de la jurisprudence, et devint successivement pro<> fesseur des lois à l'université de Montpellier , juge mage de la sénécliaussée de Beaucaûeet de Ntmes, chevalier, chancelier, et garde des sceaux de France. 11 ne dut son élévation qu'à ses talents.
Jean Bertmiiii, garde des sceaux en 1 530, était de Toulouse. Simple avocat, et député par les états de la province pour i)orter au roi le cahier des doléances , il fut nommé , l'année suivante , conseiller au parlement de Paris. Devenu ensuite premier président du parlement de Toulouse, il obtint l'office de garde des sceaux, qui fut créé pour lui en lôôt par le roi Henri II, parce que le chancelier Olivier s'était retiré de la cour. Bertrandi fut garde des sceaux jusqu'à la mort de Henri : alors il prit Tétat ec<:lcsiastiqiie , devint évêque de Comminges , arclicvéque de Sens, et cardinal.
Le parlement de Toulouse, institué par Philippe le Hardi, et qui
tenait ses séauces dès Tan 1280, réuni plusieurs fois à celui de Parler ensuite séparé , et fixé entièrement en Languedoc par Charles YII en 1448, a presque toujours été présMé par des magistrats d'un grand mérite. Parmi eux , le célèbre Du ranti tient un des premiers rangs : *sa fm mérite d'être racontée.
Lorsque la mort tragique du duc de Guise et du cardinal son frère , à BIoîs f eut rempli l'État de troubles, la ville de Toulouse se signala par son attachement à la Ligue et par ses foreurs contre Henri: JIL Les Toulousains députèrent un capitoul aux Parisiens , pour jurer avec eux Vunion, Ils remirent Tautorité à dix^huit des plus factieux d'entre eux, comme à Paris on en avait choisi seize, et envoyèrent par toute la province pour Texciter à la rébellion.
Durant! , premier président du parlement de Toulouse , et d*Aflf!s« avocat général, restèrent fidèles à leur devon* et au roi. lis devinrent tous deux Tobjet de la haine des dfx-boit. Ceux-ci , maîtres de la ville, forcèrent le premier préstdent d'assembler extraordinairement les chambres, pour décider si Henri de Valois étant excommunié le peuple de Toulouse n'était pas délié envers lui du serment de fidélité.
Les avis furent partagés, comme Durant! Tavait prévu ; et ce magistrat rompit l'assemblée , sans vouloir rien arrêter. Mais le palais était environné de gens armés. Le premier président, remonté dans son carrosse, fut assailli de coups d'épée et de lance, dont aucun ne l'atteignit, par le soin qu'il eut de se baisser au milieu de sa voiture. Son cocher poussait les chevaux à toute bride, pour regagner la maison de son maître ; malheureusement il accrocha contre un puits, et la voiture fut renversée. Durant! , obligé de descendre , se réfugie à l'hôtel de ville. Le peo qu'il avait d'amis prend aussitôt la fuite : les boutiqnes se ferment , on tend les chaînes , et l'on fait des barricades.
Le parlement , assemblé de nouveau , ordonna que Duranti fftt transféré au couvent des jacobins. Il s'y rendit , escorté de deux évêques ligueurs, et de satellites. On mit un corps de garde à sa porte, avec ordre de ne permettre à personne de le voir, pas même à fa fille unique. Bose Caulet sa femme, et denx domestiques , eurent permission d'entrer avec lui, à condition de ne plus sortir On fouilla sa maison , ses papiers; on ne trouva rien qui pût servir de prétexte au moindre reproche.
Cependant on voulait sa mort. Les factieux, armés, se rendent aux jacobins, et tentent d'enfoncer la porte. Ils ne peuvent y réussir; ils la brûlent, entrent dans le convent, sans que les gardes, qui étaient de concert avec eux, fassent la moindre résistance. Cha-
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pelier» l'un des chefs de ces assassins, aborde le premier président , et lui ordonne de venir répondre au peuple. Duranti se met à genoux, fait sa prière, embrasse sa femme, lui dit adieu, et marche à fa mort.
Quand il est arrivé sur la porte brûlée, Cliapelier, l'entraînant avec violence, crie à haute ^oix : Voici V homme. « Oui, » ajoute Duranti qui était en robe, et dont le visage serein portait l'empreinte do rinnoceoce, « oui, me voici. Quel crime ai-je commis pour vous inspirer cette liaine implacable ? » Ce peu de mots prononcés avec noblesse , un reste d'autorité répandu sur le front de ce vénérable vieillard , le respect involontaire que la vertu inspire au crime, eu imposèrent aux factieuii. Usgardèrent tous le silence : ils allaient peutêtre tomber aux pieds du magistrat , quand un coup de mousquet parti de loin vint l'atteindre au milieu de la poitrine. Duranti tombe, et ses derniers mots sont une prière au ciel poiir se& meurtriers.
Le peuple reprend aussitôt sa fureur , traîne dans les rues le corps de Dnninfi, et court ensuite à la Conciergerie massacrer l'avocat général d*Affi8.
Ainsi périrent, victimes de leur zèle et de leur fidélité , deux magistrats vertueux , éclairés , dont la province doit se glorifier, et qui ont les mêmes droits à l'admiration et au respect de tout bon Français que les Brisson , les Lareher, les Tardif.
Le Languedoc doit être regardé cooune le berceau de la poésie dite provençale, qui fut cultivée à Toulouse dès le règne des premiers comtes. Raimond Y , son fils , son petit-fils , plusieurs chevaliers de la province , étaient troubadours , et savaient chanter leurs dames presque aussi bien qu'ils se battaient pour elles. En 1323 , sous le règne de Charles le Bel, sept principaux citoyens de Toulouse, sous le titre de la gaie société des sept troubadours de Tolose, écrivirent une lettre circulaire à tous les poètes de la Languedoc, pour les inviter k venir lire leurs ouvrages à Toulouse le l" de mai suivant, avec promesse de donner une vio^e^^ec^'or à celui qui aurait composé en romq^ la pièce Jugée la meilleme.
Le jour marqué, plusieurs troubadours arrivèrent, et se rendirent au jardin des sept juges. On fit la lecture des ouvrages devant les capitouls, les notables de la ville, et une grande foule de monde. Le prix fut accordé à un cirventès composé en l'honneur de la Vierge par Arnaud Vidal de Castelnaudari, qui fut créé sur-le-champ docteur en la gaie science.
Les sept associés continuèrent leurs assemblées, choisirent un d'entre eux pour chancelier, et donnèrent à un autre le titre de bedeau
OU secrétaire. Ils publièrent des statuts, auxquels ils domiereot le nom de lois d'amour. Ils ajoutèrent deux autres fleurs à la violette : une églantine et un souci. Enfin leur société devint si célèbre , qu'en 1 388 Jean, roi d'Aragon, envoya des ambassadeurs au roi Charles Vf , pour lui demander des poètes de la province de Narbonne, i^n défaire dans ses États un établissement de la gaie société.
Telle fut la première origine de l'Académie des Jeux Floraux , qui reçut un nouveau lustre vers la fin du quatorzième siècle ou le commencement du quinzième , par la libéralité d'une dame toulousaine nommée Clémence Isaure. Cette dame , dont on ne sait presque rien, fonda , par son testament, de quoi fournir aux frais des fleurs que l'Académie de Toulouse donne encore tous les ans. Les capltouls et les habitants de cette ville, par reconnaissance pour Clémence, lui ont érigé, vers le milieu du seizième siècle, une statue de marbre blanc, qu'ils ont placée dans une des salles de l'hâtel de ville, où elle se voit encore, et où elle est couronnée de fleurs tous les ans, te s mai, jour de la distribution des prix. Louis XIV , en 1694 , a autorisé par des lettres patentes cette Académie , que je crois la plus ancienne de toutes.
On ne sait rien de plus positif sur Clémence Isaure. Je me suis cru permis, dans un roman, de la faire seule institutrice des Jeux Floraux, et de donner un motif au choix des trois fleurs que l'on adjuge pour prix.
(*) Cette description n'est que la peinture très fidèle et très-ressemblante d'un vallon charmant situé entre Cardet et Massane , qui s'appelle BeaU'Riragef et que la nature a rendu un séjour enchanteur.