‹ Fables de Florian (volume 4)Chapitre 161 sur 319 · CLÉMENCE ISAURE · texte numérisé non relu

CLÉMENCE ISAURE

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A Toolonse il fut une belle ; Clémence Isaore était son nom :

Le beau Lautrec brûla pour elle.

Et de sa foi reçut le don.

Mais leurs parents, trop inflexibles, S'opposaient à leurs tendres feux :

Ainsi toujours les cœurs sensibles Sont nés pour être malheureux.

Alphonse, le père d'Isanre, Veut lui donner un autre époux :

Fidèle à l'amant qu'elle adore , Sa fille tombe à ses genoux :

Ahl que plutôt votre colère Termine des jours de douleur !

Ma vie appartient à mon père , A Lautrec appartient mon cœur.

Le vieillard, pour qui la vengeance A plus de charmes que rameur, Fait charger de cliatnes Clémence , Et l'enferme dans une tour :

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Lantrec, que menaçait sa rage, YieDt gémir au pied do donjon , Comme i'oUeau près de la cage Où sa compagne est en prison.

Une nuit» la tendre Clémence Enteud la voix de son amant; A ses barreann elle s'élance.

Et lui dit ces mots en pleurant :

Mon ami, cédons à Torage; Va trouver le roi des Français :

Emporte mon bouquet pour gage

Des serments que mon cœur t'a faits.

L'églantine est la fleur que j'aime, La violette est ma couleur; Dans le souci tu vois Temblème Des chagrins de mon triste cœur.

Ces trois fleurs que ma bouche pressa Seront humides de mes pleurs :

Qu'elles te rappellent sans cesse Et nos amours et nos douleurs.

Elle dit, et par la fenêtre Jette les fleurs à son amant; Alphonse, qui vient à paraître.

Le force de taïr tout tremblant.

Lautrec part : la guerre commence»

Et s'allume de toutes parts ; Vers Toulouse l'Anglais s'avance, Et brûle déjà ses remparts.

Sur ses pas Lautrec revient vite :

A peine est-il sur le glacis, QuMI voit des Toulousains l'élite Fuyant devant les ennemis.

Un seul vieillard résiste encore ; Lautrec court lui servir d'appui :

C'était le vieux pèred'Isaure :

Lautrec est blessé près de lui.

Hélas ! sa blessure est mortelle !

11 sauve Alphonse , et va périr.

Le vieillard fuit ; Lautrec l'appelle»

Et lui dit avant de mourir :

Crael père de mon amie, Tu ne m'as pas voulu pour fils ; Je me Tenge en sauvant ta vie :

Le trépas m*est doux à cq prix.

Exauce du moins ma prière ; Rends les jours de démence heureux ; Dis-lui qu'à mon heure dernière Je t'ai chargé de mes adieux.

Reporte-lui ces fleurs sanglantes, De mon cœur le plus cher trésor , Et laisse mes lèvres mourantes Les baiser une fois encor.

En disant ces mots il expire.

Alphonse, accablé de douleur.

Prend le bouquet, et s*en va dire A sa fille rafTreux malheur.

En peu de jours la triste amante.

Dans les pleurs terminant son sort.

Prit soin, d'une main défaillante.

D'écrire un testament de mort.

Elle ordonna que chaque année, En mémoire de ses amours.

Chacune des fleurs fût donnée Aux plus habiles troubadours.

Tout son bien fût laissé par elle Pour que ces trois fleurs fussent d'or : Sa patrie, à son vœu fidèle.

Observe cet usage encor.

Némorin achevait sa romance, lorsqu'ils arrivèrent au camp du héros. Les deux pasteurs s'arrêtent à cette vue. Ces faisceaux de lances brillantes , ces pavillons dont les banderoles flottaient dans les airs, ces drapeaux, ces étendards, tout cet appareil guerrier les remplissait d'admiration. Ix prince s*en aperçut :

Bergers , leur dit-il , voilà nos cabanes : elles sont moins paisibles que les vôtres; mais l'amour les habite aussi. Au milieu du tumulte des armes, nous soupirons ici comme vous, et comme vous nous sommes fidèles.

Comme il partait , il voit venir au-devant de lui Tes principaux chefs de l'armée , le brave Narbonne , le jeune Bernis, le prudent

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Crassol , raimable du Roure. Ces vailiants guerriers , dont les nobles aïeux furent l'honneur de rOecitanie, amènent à leur gênerai un soldat de la garnison de-Nimes, blessé et haletant de fatigue. Ce soldat remet à Gaston Ane lettre de Talleyrand , le gouverneur de la ville, et raconte que, poursuivi par les Espagnols , dont il a traversé le camp, il a reçu deux coups d'arbalète , qui n*ont pas arrêté sa course. Le prince comble de ses dons le soldat , et commande à Némorin d'avoir soin de ses blessures.

Le berger n'avait pas besoin de cet ordre ; il a reconnu ce jeune envoyé ; c'est Hilaric, c'est l'aimable enfant qui conduisit Estelle au beau vallon. Némorin l'embrasse mille fois. Dès que ses blessures sont pansées , il lui demande quels événements l'ont fait sortir de sa patrie , depuis quel temps il a quitté Massane : il n'ose prononcer le nom d'Estelle, mais il multiplie ses questions sur tout ce qui a rapport à cette bergère.

Tu ignores donc nos malheurs? lui répondit Hilaric. Un détachement de l'armée espagnole a pénétré dans nos retraites, ravagé nos biens, brûlé nos maisons...

Que dis-tu ? s'écria Némorin : et tu ne me parles pas d'Estelle !

Elle a fui , répond Hilaric , avec la plupart de nos habitants. Estelle , Méril , Marguerite , le vieux Raimond , Rose et moi , nous sommes venus chercher un asile dans les murs de Nimes. Mais le terrible Mendoze est arrivé dès le lendemain ; Mendoze a bloqué la ville. Notre gouverneur va manquer de vivres; il a fait demander un soldat qui voulût tenter de passer à travers le camp espagnol, pour porter une lettre à Gaston ; je me suis offert. J'ai réussi , et votre prince est instruit que , s'il tarde encore deux jours , Nimes est forcé de se rendre. Ainsi parla le jeune Hilaric. Némorin lui fait répéter qu'Estelle est échappée à tous les dangers. Il apprend, avec un plaisir mêlé d'amertume, que Méril n'est occupé que du bonheur de son épouse ; qu'il a plusieurs fois exposé sa vie pour la défendre dans sa fuite , et que , depuis son arrivée à Nimes , aueun soldat n'a montré plus de zèle , plus de valeur que Méril.

Pendant que Némorin applaudissait aux qualités de son rival , Gaston assemblait son conseil de guerre , et décidait la bataille contre Mendoze. Tous les obstacles sont prévus, toutes les heu-

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