‹ Fables de Florian (volume 4)Chapitre 185 sur 319 · ROSALBA, ARGENTINE · texte numérisé non relu

ROSALBA, ARGENTINE

RosAL. Lélio est de retour; il est dans la ville.

Abgbnt. Gomment le savez-vous?

R08AL. Par la dernière lettre qu'il m*a écrite sons ton adresse , et que tu m'as remise hier, il m'annonce qu^il doit arriver aujourd'hui à Berpme: et je n'oserai le voir ! Ah! ma chère Argentine, qu'il est affreux pour une femme sensible de ne pouvoir pas voler au-devant de son mari , après troli mois d'absence !

Abgbnt. Cela n'est que trop simple , lorsque l'on s'est mariée à rinso de son père.

RofiAL. Ah! tu sais que c'est ma tante qui a tout fait EDe a conn le mérite de Lélio; elle a été touchée de notre amour. Après avoir bit io»tilement tous les efforts poeribles pour c^tenir le consentement de mon père, elle a pris sur elle de m'unir secrètement au seul bonune qae je pouvais aimer.

ABGBNT. Je sais tout cela, mademoiselle s mais madune votre tante est morte , et monsieur votre père ignore toujours votre mariage : je suis la seule , à présent , chargée de ce grand secret , et je n*ose vous dire oom-

loen Je sois fâchée d'être la seule. Ma chère mattresse , Je vous dois tout i éleréo auprès de vous dans la maison de monsienr TOtre père, tous m'a- Tei dotée , tous in*avez mariée à un époux qui fait le bonheur de ma Yie ; Je tiens tout de tous seule » et Je suis obligée de faire aveugiément tout ce que TOUS désirez. Jusqu^à présent vous avez reçu, sous mon adresse, les lettres de M. Léiio ; Je n'ai Jamais osé confier à mon mari que je tous rendais ce seryice : mais enfin...

lUWAL. Garde- t'en bien, ma chère Argentine! Arlequin n*a point de raisons pour m*ètre attaché , il en a mille pour Tétre à mon père : c'est mon père qu'il a servi : et son respect pour son ancien maitre lui ferait trahir mon secret. D'ailleurs, Je connais ton mari ; aussi babillard qa*honnête homme , il n'imagine pas que l'on puisse cacher quelque chose. Tout sefait perdu s'il était instruit Je te supplie donc, ma chère Argentine, par la tendre amitié que j*ai toujours eue pour toi, de me Jurer ici de nouveau que, quelque chose qui puisse arriTer, tu ne révéleras Jamais mon secret à ton mari.

Argent. Je vous en donne ma parole, quoi qnil m*en coûte pour vous la donner. Votre cœur doit comprendre aisément combien il est douloureux de cacher la moindre chose à un époux que l'on aime : c'est une espèce de mensonge qui fait rougir et souffrir. Je vous conjure, ma chère maîtresse, de faire cesser la peine et Tinqulétude où Je suis. Vous ne doutez pas de mon zèle, vous connaissez ma tendresse pour vous... Passezmoi ce terme, on n'offense personne en l'aimant : vous êtes biencertahie que Je ferai toujours tout ce qui pourra vous plaire ; mais cela même vous éblige d'être prudente pour nous deux.

BosAL. Je le serai, ma chère amie , et J'ai grand besoin de l'être : car enfin il faut Tavouer que Je porte dans mon sein un gage de mon amour.

Argent. Je n'ose m'en réjouir; mais si tout le monde le savait, j'en pleurerais de Jcne.

R06AL. Je te demande un dernier service. Lélio ddt être arrivé ; Je suis sûre que son impatience va lui faire tout hasarder pour me voir : va le trouver; ra lui dire que Je le supplie, que je loi ordonne de ne pas sortir de chez lui avant qu'Û ait reçu de mes nouvelles. Cela est important pour le succès de mes projets. Tu lui diras que je souffre autant que lui de ne pas le voir; que Je Taime plus que ma vie; que...

AegenT' Oui , oui , mademoiselle ; avant de lui dire ce qne vous voulez qu'il sache, Je lui dirai tout ce qu'il sait Je comprends cela à merveille; dès que mon mari sera rentré , J'irai parler à M. Lélia

R08AL. J'ai encore une prière à te faire. Mon père est dans Fusage de me donner, pour en disposer à ma volonté , le vingtième de tous les profits un peu considérables qu'il fait dans son commerce. H vient de gagner cent mille écus ; et ce matin il m'a apporté quinze mille francs, dont je suis maîtresse absolue. Tu ne devines pas ce que J'en veux faire?

Abgent. Non.

RosAL. Si Je ne te devais pas tant, je serais bien plus hardie à te les offrir.

Argent. A moi ?

RosAL. Oui , ma bonne amie t'ajoute ce plaisir à tous ceux que Je te dois , souffre que cette bagatelle soit mise en rente viagère sur ta tête : J'ai déjà donné des ordres à mon notaire, et Je t'enverrai ce soir ton contrat.

Argent, lia chère maîtresse, je n'ose ni accepter ni refuser TOtre bien« fait; mais...

4)4 LE BON KBNÀGB.

BosàL. Si ta me refascB, je ne veux plot de tes aervicei.

AiGBNT. Ecoutez : Je suis beurewe, Je ne maoqae de rien , et j'ai déjà , grâce à wooBj assuré le sort de mes enfants. Si mon mari venait à me perdre, il ne serait pas à son aise; que ce soit lui qui profite de yos bienfaits : mon cœur et ma délicatesse y trouveront mieux leur compte. , BosiL. A la bonne beure ; Je vais, d^ ce moment, tout arranger seloo tes intentions. Adieu, ma cbère Argentine : c'est aiyourdluii que i*ai lec» de toi la phn grande marque d*amiUé.

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