‹ Fables de Florian (volume 4)Chapitre 198 sur 319 · ARLEQUIN, ARGENTINE, LES DEUX ENFANTS · texte numérisé non relu

ARLEQUIN, ARGENTINE, LES DEUX ENFANTS

Argent. Tous savez bien que jamais aucun chagrin ne peut me venir l»ar votre papa : au contraire, c'est toujours lui qui les dissipe.

4Zi l'E BON MENAGE.

LicAD. Ail! le voilà. (Il court à lui.) Venez donc vite, mon papa; maman pleure, et elle dit que yous seul pouvez la consoler.

Ableq., les repousêant tout doucement Laiwez-moi » laissez-moi.

L'aIké. Ab! mon frère, comme il a du chagrin ! (ils se retirent toit» deux au fond du théâtre, et y restent pendant toute la scène d'jérU' q uin et de sa femme. )

Ahlbq. Madame , vous êtes fâchée de me revoir ; je le sois plus que vous : mais comme j'ai le projet de vous oublier entièrement , je viens vous rendre tout ce qui pourrait me rappeler que nous nous sommes aiméSb ( Jl déboutonne son habit , et ouvre un petit sac qui lui pend au cou, ) Tout est dans ce petit sac ; je l'avais mis là (i/ montre son cceur)^ poor que tout ce que nous nous étions donné fût ensemble. J&vais vider le sac devant vous , afin que vous n'imaginiez pas que je garde quelque chose. {Il tire un portrait.) Voici d^abord votre portrait : il n'a pas changé comme vous ; il est toujours joli : il vous ressemblait encore ce matin , mais il ne vous ressemble plus. Le voilà, madame. (Il le pose sur une table, et tire un papier plié.) Voici le premier billet que vous m'avez écrit, que Scapin me vola, et que j'eus le bonheur de rattraper, te voilà, madame, je vous le rends ; je n'aime pas à vivre avec les menteprs* {Il tire un &o«cquet flétri.) Voici encore un vieux bouquet de violettes que je vous donnai le premier jour où je vous lis ma déclaration. Après l'avoir porté toute la journée, vous le jetâtes le soir; j'allai le ramasser... Tenez, U sent encore bon... Je n'aurais jamais cru que ces violettes-là dureraient plus que votre amour. Les voilà, madame. {Il lui montre le sac.) Il n'y a plus rien; regardez. Ce petit sac, qui avait été des années à se remplir, s'est vidé dans une minute. J'ai tout rendu. Ah ! j'oubliais ce qui doit vous être le plus cher... la lettre de M. Lélio, et puis encore un contrat que mademoiselle Rosalba vient de me donner ; car c'est sûrement pour vous ce contrat-là.

Argent. Non ; il est à vous.

ABLEQ. A moi I Qu'est-ce que cela veut dire?

ARGENT. Je vais vous l'expliquer, quoique ce ne soit pas le moment.. Mademoiselle Rosalba a voulu me donner ce matin quinze mille francs, je lui ai demandé que ce don fût pour vous seul : c'cit le contrat que vous tenez.

AïojLQ.^ jetant le contrat. Je.n'en veux point. Avez-vous imaginé que je recevrais d'une main les lettres de M. Lélio, et de l'autre, des présents pour me consoler? Avez-vous cru me dédommager avec de l'argent, de votre cœur que vous m'avez ôté? Non, madame, non; personne n'est assez riche pour me payer ce que vous m'avez volé. ' Abgent. Mon cœur est toujours à vous; il n'a pas cessé d'être à vous. Je ne peux pas en dire davantage ; mais vous devriez me deviner.

ARLEQ. Vous deviner! cela était bon quan(^ nous nous aimions: oe n'est que dans ce temps-là qu'on se devine.

Argent. Voulez- vous m'écouter un seul moment?

Arleq. Oh ! parlez ; votre ami M. Lélio s'est donné la pdne d'écrire ma réponse à tout ce que vous direz.

Argent. Une femme assez malheureuse pour tromper son mari n'en vient pas au dernier crime sans lui avoir donné des sujets de plaintes moins graves : ce n'est qu'à force de négliger ses devoirs qu'elle parvient à les oublier. Si j'étais capable de vous avoir trahi , avant d*en aimer mi

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