‹ Fables de Florian (volume 4)Chapitre 2 sur 319 · LA FABLE ET LA VÉRITÉ · texte numérisé non relu

LA FABLE ET LA VÉRITÉ

La Vérité toute nue Sortit un jour de son puits.

Ses attraits par le temps étaient un peu détruits :

Jeunes et vieux fuyaient sa vue.

La pauvre Vérité restait là morfondue , Sans trouver un asile où pouvoir habiter.

A ses yeux vient se présenter

La Fable richement vêtue ,

Portant plumes et diamants,

La plupart faux, mais très-brillants.

Eh! vous voilà? bonjour, dit-elle :

Que faites-vous ici seule sur un chemin? La Vérité répond : Vous le voyez , je gèle.

Aux passants je demande en vain

i)e me donner une retraite , Je leur fais peur à tous. Hélas ! je le vois bien ,

Vieille femme n'obtient plus rien.

Vous êtes pourtant ma cadette.

Dit la Fable ; et , sans vanité ,

Partout je suis fort bien reçue.

Mai? aussi , dame Vérité ,

Pourquoi VOUS montrer toute nue?

Cela n'est pas adroit. Tenez , arrangeons-nous ;

Qu'un ménie intérêt nous rassemblé :

Venez soùs mon manteau , nous marcherons ensemble.

Chez le sa^e , à cause de vous ,

Je ne serai point rebutée ;

A cause de moi , chez les fous

Vous ne serez point maltraitée.

Servant par ce moyen chacun selon son goât , Grâce à votre raison , et grâce à ma folie,

Vous verrez , ma sœur , que partout

Nous passerons de compagnie.

FABLE IL

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