‹ Fables de Florian (volume 4)Chapitre 20 sur 319 · L'ENFANT ET LE DATTIER · texte numérisé non relu

L'ENFANT ET LE DATTIER

Non loin des rochers de F Atlas, Au milieu des déserts , où cent tribus errantes Promènent an hasard leurs chameaux et leurs tentes, Un jour certain enfant précipitait ses pas. C'était le jeune fils de quelque musulmane ,

Qui s'en allait en caravane.

Quand sa mère dormait , il courait le pays. Dans un ravin profond , loin de Faride plaine ,

Notre enfant trouve une fontaine ; Auprès , un beau dattier tout couvert de ses fruits. Oh ! quel bonheur ! dit-il ; ces dattes, cette eau claire, M'appartiennent : sans moi, dans ce lieu solitaire,

Ces trésors cachés , inconnus ,

Demeuraient à jamais perdus.

Je les ai découverts, ils sont ma récompense. Parlant ainsi , l'enÊint vers le dattier s'élance^ Et jusqu'à son sommet tâche de se hisser.

L'entreprise était périlleuse ; L'écorce tantôt nue , et tantôt raboteuse , Lui déchirait les mains, ou les faisait glisser. Deux fois il retomba ; mais d'une ardeur nouvelle

Il recommence de plus belle,

Etf>arvient enfin , haletant,

A ces fruits qu'il désirait tant.

Il se jette alors sur les dattes , Se tenant d'une main , de l'autre fourrageant , Et mangeant

Sans choisir les plus délicates.

Tout à coup voilà notre enfant

Qui réfléchit et qui descend.

U court chercher sa bonne mère ^

Prend avec lui son jeune frère , l^es condui-t au dattier. Le cadet incliné ,

S'appuyant au tronc qu'il embrasse ,

Présente son dos à l'aîné;

L'autre y monte , et de cette place, Libre de ses deux bras , sans efforts , sans danger, Cueille et jette les fruits : la mère les ramasse, Puis sur unlipge blanc prend soin de les ranger. La récolte achevée , et la nappe étant mise ,

Les de^x frères trauquillement , Souriant à leur mère au milieu d'eux assise , Viennent au bord de l'eau faire un repas charmant,

De la société ceci nous peint l'image :

Je ne connais de biens que ceux que Ton partage.

Cœurs dignes de sentir le prix de l'amitié,

Jletenez cet ancien adage :

Le tout ne vaut pas la moitié.

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