LA MÈRE, L'ENFANT, ET LES SARIGUES K A MADAME DE LA BRICHE
Vous de (|ui les attraits, la modeste douceur. Savent tout obtenir et n'osent rien prétendre; Vous que l'on ne peut vpir sans devenir plus tendre Et qu'on ne peut aimer sans devenir meilleur. Je vous respecte trop pour parler de vos charmes ,
\ Espèce de renard du Pérou. (BoppOiN , HisL nal.^ lora. 1,V,)
LIVBE II. 4.5
De vos talents , de votre esprit. . .
Vous aviez déjà peur : bannissez vos alarmes ,
C*€st de vos vertus qu*il s'agit.
Je veux peindre en mes vers des mères le modèle. Le sarigue , animal peu connu parmi nous ,
Mais dont les soins touchants et doux ,
Dont la tendresse maternelle ,
Seront de quelque prix pour vous.
Le fond du conte est véritable ; Buffon m'en est garant : qui pourrait en douter .î» D'ailleurs tout dans ce genre a droit d'être croyable, Lorsque c'est devant vous qu'on peut le raconter.
Maman , disait un jour à la plus tendre mère Un enfant péruvien sur ses genoux assis , Quel est cet animal qui, dans cette bruyère,
Se promène avec ses petits ? 11 ressemble au renard. — Mon fils , répondit-elle .
Du sarigue c'est la femelle :
Nulle mère pour ses enfants N'eut jamais plus d'amour, plus de soins vigilants. La nature a voulu seconder sa tendresse ,
Et lui fit près de l'estomac Une poche profonde , une espèce de sac , Où ses petits , quand un danger les presse ,
Vout mettre à couvert leur faiblesse.
Fais du bruit, tu verras ce qu'ils vont devenir. L'enfant frappe des mains : la sarigue attentive
Se dresse , et d'une voix plaintive , Jette un cri. Les petits aussitôt d'accourir,
Et de s'élancer vers la mère , En cherchant dans son sein leur retraite ordinaire,
La poche s'ouvre , les petits
En un moment y sont blottis , Et disparaissent tous ; la mère avec vitesse
S'enfuit, emportant sa riche^e,
La Péruvienne alors dit à Fenfant surpris :
Si jamais le sort f est contraire, Souviens-toi du sarigue ; imite-ie, mon fils : L'asile le plus sûr est le sein d'une mère.
FABLE IL