‹ Fables de Florian (volume 4)Chapitre 216 sur 319 · ARLEQUIN, CLÉANTE, NÉRINE · texte numérisé non relu

ARLEQUIN, CLÉANTE, NÉRINE

ABLEQ., tin papier à la main. Je te demande pardon, mon cher ami, de venir te tourmenter encore ; mais la douleur de te pendre m'avait tdie» ment troublé la cervelle, que je n'ai pas songé à l'offrir one légère raarqi» d'anitié* Prends m billot, mon pauvre Cléante, «t regarde-te,

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«omnie la récompense de tes services , mais comme le bienfait de ton ami,

Clé 4. Hé quoi! monsieur, tous me mettez au désespoir en m'assurant que vottsm^aimez ; vous me punissez en me disant que Je suis innocent; ôt vous venez m'offrir des secours ! Non , monsieur, je ne peux pas les accepter.

Arlbq. Ah! Cléante , ce n*est pas bien , et je ne mérite pas ce refus.

Cléa. Il m'est affreux de vous défaire ; le ciel m'est témoin que rien au monde ne m'est cher au prix de votre amitié^ : mais une raison invincible me défend d'accepter vos bienfaits.

ABLa). Quelle est cette raison ? Il ne peut pas y en avoir de bonnes pour affliger les gens qui nous aiment.

NÉB. Allons , monsieur, parlez , voilà le moment

ABLBQ. Que dis-tu, Nérine?

NÉB. Je l'exhorte à vous ouvrir son cœur ; votre franchise , votre bonté doivent l'encourager. D'ailleurs , vous avez trop bien aimé madame Ar« gentioe pour ne pas pardonner les fautes que fait commettre l'amour,

Arleq. L'amour !

Cléa. Oui , monsieur ; apprenez tout. Je ne suis point ce que vous croyez. Une passion violente, profonde, pour mademoiselle votre fille, s'est emparée de moi depuis plus d'un an : désespérant de m'introduire chez vous , je me suis présenté pour être votre secrétaire. Voilà mes crimes; punissez-moi.

ABLEQ. Comment ! vous avez abusé de ma crédulité pour venir séduirt ma KUe, pour oser...?

NÉB. Ah ! monsieur, je suis témoin qu'il ne lui a jamais parlé d'amour.

ABLEQ. En a-t-il moins risqué de la perdre de réputation ? Si Ton sait , comme il est impossible que l'on ne le sadie pas , que vous avez passé six mois dans ma maison, avec la liberté de voir, de parler à ma fille , à toute heure, qui voudra croire au respect que vous avez eu pour elle? Ma pauvre Nisida sera punie de la faute que vous avez seul commise. Et voilà le prix de l'amitié que j'avais pour vous! Vous déshonorez ma vieillesse , vous rendez ma fille malbcmrease , vous empoisonnez mes derniers jours , tandis que je ne m'occupais que de rendre les vôtres heureux.

Cléa. L'amour seul fait mon excuse; et cet amour...

ABLEQ. Ingrat que vous êtes 1 Pourquoi ne pas me le dire? pourquoi préférer la peine de me tromper au plaisir de m'ouvrir votre cœur?

Cléa. Vous ne m'auriez pas permis de l'aimer.

Ableq. Quel était donc votre espoir?

Cléa. De vous plaire en vivant avec vous , de m'atlirer votre estime et Vos bontés, d'attendre, en vous aimant, que votre cœur mejugàt digne d'être aimé. Et quand , à force de respect et de tendresse , j'aurais été certain d''un peu d'amitié , alors je n'aurais pas craint de vous découvrir mes sentiments; alors ma pauvreté, mes malheurs, tout ce qui m'empêchait de i)arler, seraient devenus des motifs d'espérance : je vous aurais raconté mes chagrins , votre âme sensible se serait émue , vous auriez écouté l'aveu de mon amOur, non comme le père de Nisida , mais comme l'ami d'un malheureux.

Ableq. Qui êtes- vous donc? Parlez , expliquez- vous.

Cléa. Je suis le tils d'un homme de qualité, et j'ai payé bien cher ce funeste avantage. Abandonné par mon père dès les premiers jom's de ma vie , victime des fautes d'une mère qui dissipa tout le bien qu'on lui avait

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laisié pour moi. Je me «ois troa^é dans le monde, à Tige ou l'on a tant besoin de tes parents, lans fortime, sans goide, aan appui, seul, isolé dans la nature, n'ayant poar toat bien que la connaissance de mes maibeurs, et n'osant pas même porter le nom d'un père qui m'crait ôté sa tendresse avant que J'eusse vu le jour.

NÉB. Monsieur, tous yous atteiidrisset...

AnuQ. Point du tout, mademoiselle;.. Eh bien?

Cléa. Ce n*cst p» tout ▲ nnstant où un ancien ami de mon père était prêt à s'employer auprès de lui pour m'obtenir la permission de Taller embrasser (et c'efit été la première fois de ma vie), nous apprîmes que mon père était mort en Italie, et qu'il avait laissé Coule sa fortune è un étranger.

ABLEQ.r A un étranger l Quel soupçon !

Cléa. Voilà sur quoi Je fondais Tespérance de tous intéresser un jour. Cette fatale illusion m'empécba de sentir que je vous offensais. Ab! du moins ne me refuses pas mon pardon ; c'est à vos genoux que je le demande... (// se met à genoux,)

AtLLBQ,, ému. Répondez-moi : comment s*appelait votre père?

Clé 4. Le comte de Valcour.

AiLBQ. Le comte de Valcour!

Cléa. Oui , monsieur : j^ai les preuves.

Ablbq. O ciel! vous le fils de mon bienfaiteur!... Ab! relevez- vous, monslenr ! rdevez-vous ; c'est moi qui vous dois du respect.

Cléa. Quoi ! vous l*avez connu?

Ableq. Si Je l'ai connu ! et vous êtes son fils ! Ah ! mon ami {il embrasse Cléante)^ mon cher ami , je dois tout à votre père; Je Tai aimé pendant quinze ans ; c*est moi quMl a fadt héritier de toute sa fortune. Grftce an ciel , c'est mol qui ai tout votre bien; et c^est fort heureux pour vous, mon cher ami , car je vais vous le rendre i il est à vous , votre père n*a pu me le donner. ( Ifisida arrive. )

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