‹ Fables de Florian (volume 4)Chapitre 245 sur 319 · ACTE II, SCENE m · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE m

TiiiB. Je Tespère. C'est de ce mariage-là que je venais parler à ta mitre.

Fi RM. De mon mariage avec Agathe ?

Thib. Je compte qu'il se fera demain.

FiBH . Demain ! demain ! monsieur Thibaut ? Ah ! que nous en sommes loin ! ( Il soupire. )

Thib. De demain? Ya , je t'assure qu'avec de la patience nous finirons par y arriver. Mais il ne s'agit pas de compter les heures , il est question d'un secret que je venais confier à ta mère , et que je vais te dire à toi , parce qu'au fait c'est toi qu'il intéresse le plus » et que je te crois bon et s^iable.

FiBM. Je vous écoute, monsieur Thibaut.

TniB. Tu sauras que M. Giraut , le fermier de madame la comtesse , est venu me demander ma fille en mariage. Giraut est plus riche que toi . mais je le crois un fripon ; et dès lors son bien est un tort. Tu es pauvre, toi ; mais tu es honnête homme , et ma fille t'aime : ainsi , il ne te manque rien. Tu auras donc mon Agathe; je Tai laissée exprès maîtresse de son choix , pour que tu lui en eusses toute Tobligation , et elle tout le plaisir. C'est ce soir que tu seras choisi par elle; et alors...

FiRM., tristemenU Cela n'est pas sûr, monsieur Thibaut, cela n'est pas sûr.

TniB. Fais-moi le plaiidr de me dire qui pourrait s'y opposer, quand Agathe et toi le désirent, que ta mère y consent, et que je le veux bien ?

FiRn. Cela ne suffira pas.

Thib. Non ! Et qui pourra Tempêcher?

FiBH. Mon malheur.

Thib. le contrefait. Ton malheur! En effet, tu es un garçon bien à plaindre ! Ma fille ne rêve qu'à toi , elle ne parle que de toi ; sitôt que je veux faire l'éloge de quelqu'un, elle cite toujours une bonne qualité de FIrmin qui l'emporte sur celle que je loue : ta mère t'adore ; moi , je t'eS' tinie et je t'aime ; je laisse ma fille maîtresse de suivre le penchant qu'elle a pour toi : et quand je t'annonce tout cela, tu prends ce moment pour te plaindre de ton sort! Morbleu ! ne m'interromps plus, entends-tu? ou je me fâche tout de bon. Où en étais-je? tu m'as troublé.

FiRM. Ce n'était pas mon intention. Vous me disiez que je serais choisi par Agathe ; et puissiez-vous dire vrai !

Thib. Je ne mens jamais , entends-tu ? Ce qui m'a fait le plus de plaisir en toi, c'est de te voir rechercher ma fille, quoique j'aie dit hautement qu'elle n'aurait point de dot , et que j'avais besoin de tout mon bien pour soutenir son frère, que j'ai placé chez un riche négociant. Mais tu ne sais pas pourquoi j'ai dit cela? lu ne sais pas pourquoi je n'ai pas voulu donner de dot à ma fille?

FiRH. Non, monsieur Thibaut.

Thib. C'est pour qu'elle en fût plus riche. ( Firmin le regarde, } Oui , sans doute , tu as beau me regarder ; le plus beau présent que j'aie pu faire à ma fille a été de ne lui rien donner, parce qu'Agathe, se croyant sans dot, s'en est fait une de sa sagesse, de son économie, de son. amour pour le travail ; et si elle avait cru être riche , elle aurait peut-être négligé ce trousseau-là. J'avais encore une autre raison : c'est qu'Agathe , passant pour n'avoir rien, ne pouvait être recherchée que par quelqu'un véritablement amoureux d'elle : et autant je haïrais un gendre qui aurait épousé ma fille pour son argent, autant j'aimerai celui qui ne l'épouse que pour son cœur. Comme je suis sûr à présent que c'est pour cela seul ({ue tu l'épouses,

je ne fais pas de difficoUé de l'avouer que mon projet a toujours été de donner quatre mille francs à ma fille.

FinH., transporté. Quatre mille francs, monsieur Ttiibaut? Quatre mille francs! C'est-il possible ? Ah l quel bonheur ! quelle joie ! C*est trop , c'est trop de mille francs. Que je suis heureux, monsieur Thibaut! {Il lui savte au cou, ) Que je suis heureux ! Oui , j'épouserai votre fille : oui , cela est sftr à présent : rien ne peut plus s'y opposer, et l'amour que j'ai pour elle peut seul égaier mon bonheur.

TBiB., étonné. Comment donc? Ces quatre mille francs rendent-ils mi fille plus jolie?

FiM. Non, monsieur Thibaut, non, ce n'est pas cela. Oh! mon Dieu, non , c'est impossible. Mais si tous saviez, si vous pouviez deviner quelle Joie , quel plaisir me causent ces quatre nûllb francs !...

Thib. , à part. Je le vois bien.

FiBH. Si TOUS connaissiez à quel point.. Et, dites-moi, ponyez-voos me donner cet argent avant ce soir?

TiiiB. Avant ce soir?

FiBH. Oh! tâchez, tâchez, monsieur Thibaut, de me rendre ce serrice! Jamais je n*ai rien désiré avec tant d'ardeur, et vous ne pouvez pas avoir d^idée du plaisir que j'aurai à recevoir ces quatre mille francs.

TniB. Mais entendons-nous donc. Quand je te fais cette confidence, uniquement parce que je crois que tu n'aimes pas l'argent, tu montres une joie , tu fais écbter des transports qui me font presque repentir de ce que Je t'ai dit, et me donnent de Tinquiétude pour ce que j'ai encore à l'apprendre.

FiRH. Parlez, parlez, et ne craignez rien. Allez, mon cœur ne vons est pas connu : ce n'est pas Targent que j'aime ; mais ces quatre mille francs...

TiiiB. Semblent t'avoir tourné la tête. Je l'ai tout prêt, cet argent, et je me faisais un plaisir de le remettre dans tes mains en signant le contrat de ma fille; mais un malheur arrivé i mon fils vient déranger tons mes projets.

FiBH. Ociel!

Thib. Tu sais que J'ai placé mon fils chez le plus riche négociant de la ville, et que, grâce à sa bonne conduite , il est devenu son caissier xil Yient de m*écrire, dans le dernier désespoir, qu'on a volé dans sa cais»; cent cinquante louis dont il est responsable; et il ajoute qu'il mourra dr douleur s'il ne peut remplacer cet argent d'ici à demain. Tu juges que mon premier devoir c'est de sauver l'honneur de mon fils avec la dot de ma fille. Agathe n'y perdra rien par la suite ; mais, pour le moment , il ne me reste pas un écu.

FiBH., à part. Ma joie n'a pas duré longtemps.

TniB. Voilà le secret que je venais conher à ta m«'>re ; je t'estime assez pour t'en faire part, pour te prier même de partir à l'instant, et d'aller porter à mon fils l'argent que J'avais destiné pour toi... Tu ne me réponds rien... tu rêves... Est-ce que tu dt^rapprouves l'emploi que j'en fais?

FiBH. Xen suiàbien loin, monsieur Thibaut, j'en suis bien loin; et je ferais de même h votre place. Agathe n'a pas besoin de dot : celui qui sera ton époux sera trop heureux encore !

TniB. Comment! ne t'ai -je. pas dit que ce serait toi?

FiRM. Rien n'est plus incertain, malheureusement.

Tbib. Mais tu n'y penses pas , Firmin. Quand je t'ai parlé des quatre

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