‹ Fables de Florian (volume 4)Chapitre 25 sur 319 · LIVRE IT · texte numérisé non relu

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Or, il arriva certain jour Que notre bon vieillard trouva dans une tour

Un trésor caché sous là terre.

D'abord il n'y voit qu'un moyen

De pouvoir faire plus de bien :

Il le prend, l'emporte, et le serre.

Puis , en réfléchissant , le voilà qui se dit : Cet or que j'ai trouvé ferait plus de profit

Si j'en augmentais mon domaine; J'aurais plus de vassaux , je serais plus puissant. Je peux mieux faire encor : dans la ville prochaine Achetons une charge , et soyons président.

Président ! cela vaut la peine.

Je n'ai pas fait mon droit ; mais , avec mon argent , On m'en dispensera , puisque cela s'aehèie..

Tandis qu'il rêve et qu'il projette,

Sa servante vient l'avertir

Que les jeunes gens du village Dans la cour du château sont à se divertir.

Le dimanche , c'était l'usage, Le seigneur se plaisait à danser avec eux. Oh ! ma foi , répond-il , j'ai bien d'autres affaires ! Que l'on danse sans moi. L'esprit plein de chimères 11 s'enferme tout seul pour se tourmenter mieux.

Ensuite il va joindre à sa somme Un petit sac d'argent, reste du mois dernier. .Dans l'instant arrive un pauvre homme

Qui , tout eu pleurs, vient le prier De vouloir lui prêter vingt écus pour sa taille : Le collecteur, dit-il , va me mettre en prison ♦

Et n'a laissé dans ma maison

Que six enfants sur de la paille.

Notre nouveau Crésus lui répond durement Qu'il n'est point en argent comptant.

Le pauvre malheureux le regarde, soupire, Et s'en retourne sans mot dire.

Mais il n'étùit pas loin , que notre bon seigneur

Retrouve tout à coup son cœur ;

Il court au paysan ^ l'embrasse ^

De cent écus lui fait le don,

Et lui demande encor pardon.

Ensuite il fait crier que sur la grande place le village assemblé se rende dans Tinstant.

On obéit; notre bon bomme

Arrive avec toute sa somme ^

En un seul monceau la répand.

Mes amis , leur dit-il , tous voyez cet argent : Depuis qu^ll m'appartient , je ne suis plus le même ; Mon âme est endurcie , et la voix du malheur

N'arrive plus juscfu'à mon cœur.

Mes enfants , sauvez^noi de ce péril extrême , Prenez et partagez ce dangereux métal; Emportez votre part chacun dans votre asile : Entre tous divisé , cet or peut être utile ; Réuni chez un seul , il ne^fait. que du mal.

Soyons contents du nécessaire , Sans jamais souhaiter de trésors superflus : Il faut les redouter autant que la misère ; ' Comme elle ils chassent les vertus.

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