‹ Fables de Florian (volume 4)Chapitre 26 sur 319 · LE TROUPEAU DE COLAS · texte numérisé non relu

LE TROUPEAU DE COLAS

Dès la pointe du jour sortant de son hameau , Colas , jeune pasteur d'un assez beau troupeau j

Le conduisait au pâturage.

Sur sa route il trouve un ruisseau Que , la nuit précédente , un effroyable orage Avait rendu torrent : comment passer cette eau ? Chien, brebis et berger, tout s'arrête au rivage.

LlVfiS 11. SI

En faisant un circuit l'on eût gagné le pont ; Cétait bien le plus sûr, mais c'était le plus long : Colas veut abréger. D*abord il considère

Qu'il peut franchir cette rivière ;

Et comme ses béliers sont forts ,

11 conclut que , sans grands efforts , Le troupeau sautera. Cela dit, il s'élance; Son chien saute après lui ; béliers d'entrer en danse

A qui mieux mieux : courage , allons !

Après les béliers , les moutons ; Tout est en l'air, tout saute; et Colas les excite ,

En s'applaudissant du moyen.

Les béliers , les moutons , sautèrent assez bien :

Mais les brebis vinrent ensuite , Les agneaux, les vieillards , les faibles , les peureux.

Les mutins , corps toujours nombreux , Qui refusaient le saut ou sautaient de colère ,

Et , soit faiblesse , soit dépit,

Se laissaient choir dans la rivière.

Il s*^ noya le quart; un autre quart s'enfuit,

Et sous la dent du loup périt.

Colas , réduit à la misère , S'aperçut, mais trop tard , que pour un bon pasteur

Le plus court n'est pas le meilleur.

FABLE VL

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